Soutien aux personnels en grève de l’Université Paris 8

Soutien aux salarié-e-s de Paris 8 en grève !

600€: le montant de la retraite des personnel-le-s précaires de Paris 8 après 20 ans de services.

400: le nombre de salarié-e-s de Paris 8 gagnant moins de 1400€.

200: le nombre de salarié-e-s de Paris 8 gagnant moins de 1200€.

(Bien loin de ce qu’empochent les Présidents d’Université…)

Depuis le 19 janvier, les salarié-e-s de Paris 8, organisés en « collectif des bas salaires », sont en grève pour obtenir une augmentation de revenus.

Parce que sans leur travail au quotidien, la fac ne tournerait pas

Parce que la pénurie budgétaire sur les universités se répercute sur les personnels et les étudiants

Parce que la précarisation du travail et la baisse des salaires dans la fonction publique n’ont d’égal que celles du secteur privé

Parce que la grève victorieuse des salarié-e-s d’aujourd’hui prépare les victoires des salarié-e-s et des étudiant-e-s de demain !

Soutenons les salarié-e-s en grève de Paris 8 !

Lien vers la pétition : http://www.petitions24.net/soutien_aux_personnel-le-s_de_paris_8_en_greve

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Lettre du 29 janvier 2015 au Vice-président à la politique de l’emploi et à l’action sociale de Lyon 2

À l’attention de la Présidence et du Vice-Président à la politique de l’emploi et à l’action sociale de Lyon 2

Nous, collectif des vacataires de Lyon 2, avons décidé la grève des enseignements en TD depuis lundi 26 janvier pour dénoncer nos conditions d’emploi et de travail. Plus précisément, nous protestons contre l’absence de contrat de travail pour la majeure partie d’entre nous ainsi que les retards de paiement des salaires récurrents à l’Université Lyon 2.

Nous exigeons ainsi des engagements formels et concrets de la part de Monsieur Goux, Vice-Président à la politique de l’emploi et à l’action sociale de Lyon 2, visant à résorber les problèmes structurels de précarité de façon définitive dans notre Université. Nous ne nous contenterons plus de promesses orales non tenues comme lors de nos dernières rencontres, c’est pourquoi nous demandons une réponse écrite et signée d’ici le mardi 3 février sur les points suivants :

·         un contrat signé avant de commencer les cours, non conditionné à l’inscription administrative
· le paiement mensualisé dans le mois qui suit des heures effectuées et l’acquittement immédiat du paiement de toutes les heures dues pour un service précédant l’année 2014-2015
· la précision dans le contrat de travail du délai de rémunérations ainsi que des « tâches annexes » à la charge d’enseignement qui doivent être rémunérées (paiement des surveillances de partiels, corrections de copies, réunions …)
· l’envoi immédiat de la feuille de paie en même temps que le versement du salaire
· la gratuité de l’inscription pour les doctorant.e.s employé.e.s par l’Université, quel que soit leur statut avec effet rétroactif sur l’année en cours
· un engagement ferme sur la tenue des TD au moins un mois avant le début des cours, c’est à dire pas de fermeture de TD quelques jours avant le début du semestre
· l’augmentation du nombre de contrats statutaires : CDU, ATER et MCF
· la limitation à 30 étudiant-e-s par TD
· le remboursement des déplacements pour les vacataires n’étant pas de Lyon et le remboursement par l’université de 50% de l’abonnement de transport
· la simplification de la procédure d’inscription en doctorat

Au-delà de ces revendications à court terme, nous dénonçons les politiques d’austérité budgétaire appliquées à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche qui conduisent de fait à un recours toujours plus important à des vacataires précaires pour remplir des besoins permanents. Nous souhaitons donc interpeler aussi le Ministère de l’Education Nationale sur le statut de vacataires de la fonction publique qui n’offre aucun droits sociaux essentiels telles que les cotisations au chômage et à la sécurité sociale. Cette précarité est préjudiciable tant pour les enseignants vacataires (quelque soit leur statut de doctorant ou de professionnel), mais aussi pour les étudiants, impactés de fait par le travail que nous effectuons dans ces conditions déplorables.

Nous reviendrons le mardi 3 février en fin de journée pour obtenir une réponse de la Direction des Ressources Humaines sur ces revendications. Nous déciderons ensuite collectivement de la poursuite de la grève ou non en fonction de cette réponse.

Le collectif des vacataires de Lyon 2

Communiqué de presse du 29 janvier 2015 des vacataires enseignant.e.s de Lyon 2 en lutte

Les vacataires enseignant.e.s de science politique, d’arts du spectacle et d’anthropologie de l’Université Lumière Lyon 2 sont en grève depuis lundi 26 janvier afin d’attirer l’attention de la présidence de l’université sur leurs conditions de travail dramatiques.

Depuis le début des enseignements au mois de septembre, les vacataires n’ont pas de contrat de travail et, par conséquent, n’ont fait l’objet d’aucune rémunération. Certain.e.s de ces enseignant.e.s ne sont toujours pas payé.e.s pour des heures effectuées pour l’année universitaire 2013-2014.

 Cette situation n’est plus tenable, elle doit désormais être connue de tou.te.s.

 Aujourd’hui jeudi 29 janvier, près de 170 personnes, vacataires mobilisé.e.s et étudiant.e.s solidaires, se sont rassemblées devant la Présidence de Lyon 2 afin de manifester leur colère et d’exiger des réponses à leurs attentes.

Face à une énième promesse orale (après « des contrats signés pour tous les vacataires au 31 octobre », puis « régularisation de la situation au plus tard en janvier », nous avons cette fois-ci eu droit à : « les contrats de travail seront délivrés d’ici 15 jours »), au mépris, à la défiance et au rejet dont les enseignant.e.s vacataires ainsi que les étudiant.e.s font l’objet de la part de l’équipe présidentielle, les grévistes, soutenus par les étudiant.e.s, ont remis en main propre à M.Péguy, vice-président élu aux Finances, un courrier avec des revendications explicites, exprimées collectivement, exigeant une réponse écrite ainsi que des actes concrets d’ici mardi 3 février. Durant ce délai la mobilisation continuera, et elle se poursuivra tant que ces exigences n’auront pas été entendues.

Je suis jeune, idéaliste, passionnée, mais surtout précaire, réaliste et personnel fantôme dans mon université …

Parallèlement aux cours de TD que j’assure cette année, ma rémunération principale provient de babysittings réguliers et occasionnels.

Sans contrat de travail, je suis en « grève » depuis quelques jours (voir ici les revendications de ce mouvement), mais j’assurerai des cours alternatifs pour offrir aux étudiants un espace d’échange et de réflexions communes. Actuellement, cette situation est sans conséquence sur ma vie et mes revenus : mes revenus réguliers proviennent du babysitting, la paie de mes cours arrivera dans un délai fort incertain.

Je suis ravie d’avoir ce plan de babysitting : je m’occupe de deux enfants charmantes, bien élevées à qui je fais faire leurs devoirs et des activités manuelles. Je goûte avec les enfants, j’ai l’autorisation de me servir de la machine à café. C’est un babysitting pas loin de chez moi, j’y vais en vélo, mes employeurs sont sympas et prévenant, j’ai les clés de leur appartement et ils me payent au tarif légal à l’heure travaillée de manière très régulières et je cotise même pour la retraite !!!

Pour des plans de babysitting plus occasionnels en soirée, je m’occupe des enfants en général durant 1h à 2h, puis ils s’endorment tranquillement. J’ai ensuite le temps de corriger les copies de mes étudiants à l’université, à préparer mes cours pour les séances prochaines : l’idéal quoi ! (Oui, ça peut faire bizarre de penser ça quand on a plus qu’un Bac+5, mais cette condition précaire conduit à avoir ce type de considération paradoxale.) Ce travail de correction de copies et de préparation de cours est considéré comme du travail gratuit, effectué dans le cadre des « tâches annexes » au cours que je donne en classe (seules ces heures de cours me sont rémunérées).

Contrairement, à l’université, je suis théoriquement payée environ 30 euros net l’heure de cours donnée et mon employeur ne me paie aucune charge sociale. Pour y travailler, je dois avant tout payer mon employeur, l’Etat, pour m’inscrire en doctorat, afin qu’un contrat de travail puisse un jour être établit. Mes employeurs (les services des Ressources Humaines et la Présidence de Lyon 2 notamment) ne connaissent pas mon existence, c’est d’ailleurs moi qui ai dû les contacter pour savoir quelles pièces fournir pour établir mon contrat de travail (quel comble !). Je ne dispose pas d’un contrat de travail, et je ne suis pas payée régulièrement. Il est possible de comprendre ces problèmes comme des manifestations d’un manque de personnel administratif (notamment titulaires ou contractuels, avec des salaires en fonction des missions qu’ils assurent), conséquences désastreuses des politiques d’austérité adoptée à l’échelle locale par la Présidence de Lyon 2, et plus largement par l’Etat. Il se trouve que je travaille sur le campus de Bon, qui se trouve à 50min en transport en commun de mon domicile, et l’université ne participe pas au paiement de ces frais de transport. J’ai des conditions d’emplois et de travail déplorables : pas d’accès à une salle de travail spécifique, pas de connexion Internet qui fonctionne correctement, aucun accès à une machine à café (malgré une journée où j’enchaine pas mal de cours). Je ne dispose pas de carte de personnel de l’université et ne peux emprunter de livres à la bibliothèque pour préparer mes cours en travaillant à l’extérieur de la bibliothèque universitaire de Bron. J’ai pris connaissance en discutant avec des collègues des conditions pour avoir accès à la photocopieuse et obtenir les clés pour ouvrir mes salles de cours (pourquoi n’existe-t-il pas un document administratif d’information pour les enseignants vacataires contenant ce type d’information ?). Je ne parle pas des conditions d’étude des étudiants : pas de polycopiés pour les lectures obligatoires (ils impriment les textes à leurs frais), des problèmes de place pour travailler à la bibliothèque, aucune salle de travail libre ou ouverte n’existe pour réaliser un travail de groupe sur le campus de Bron… et parfois pas assez de chaise pour tout le monde en classe dans le cadre d’effectifs surchargés !

Au prorata des heures travaillées/payées, je gagne deux fois plus en faisant du babysitting qu’en donnant des cours en tant que vacataire enseignant à l’université.

Comme certains étudiants qui m’ont posé la question quand je leur ai annoncé que j’étais gréviste, en me lisant vous vous demandez peut-être : « Mais pourquoi dans ces conditions vous continuez à travailler pour l’université ? Pourquoi vous donnez des cours si vous n’êtes pas payée ? »

Excellente question !

 

La réponse est simple : j’aime ce que je fais, mais je souhaite vivre dignement de ma passion, pour devenir -un jour peut être si le système actuel de m’en a pas enlevé toute envie avant- enseignante-chercheure !
Ainsi, en commençant à donner des cours un peu par hasard, j’ai découvert que j’aimais enseigner à l’université, stimuler les étudiants, leur donner des clés pour mieux leur permettre de comprendre ce monde si compliqué dans lequel ils sont un peu paumés, j’aime échanger avec eux ! Former les générations futures, quel plus beau défi pédagogique, humain, collectif ? Par ailleurs, la préparation de ces cours de TD et les échanges avec les étudiants me permettent de me remettre en question, de m’interroger sur certaines thématiques sur lesquelles je n’avais pas eu l’occasion de me pencher, d’approfondir ma connaissance de certaines thématiques, et de m’auto-former à l’enseignement (oui quand on accepte pour la première fois d’assurer un TD, on accepte d’être lancé devant une classe de 40 étudiants, sans avoir bénéficié d’aucune formation. Au mieux, on développe nos compétences pédagogiques au fil de notre expérience). Mais aussi, quand on veut comme moi tenter de faire partie de ce monde qu’est l’enseignement supérieur et la recherche en France, il faut avoir enseigné si on veut avoir une petite chance d’être recruté pour espérer devenir un jour titulaire (enseignant-chercheur). A l’heure actuelle, dans ma filière, j’ai entendu qu’il y avait 200 candidats (tous excellents) pour un poste dans ma filière dans une université voisine. Mais voilà, je fais une thèse non financée (comme 80% des thèses en sciences sociales), et je suis passionnée aussi par ma recherche et mon terrain : c’est un défi intellectuel mais aussi un défi individuel qui permet de se remettre en question profondément et de questionner son rapport au monde. C’est une aventure des plus excitantes…

 

Dans ma vision de la société, je souhaite occuper une place pour faire de la recherche, mais aussi enseigner à mes étudiants des connaissances scientifiques classiques, je souhaite leur faire part des fruits de mon travail de recherche, leur apprendre à adopter un point de vue critique et argumenté face au monde qui les entoure et à comprendre les enjeux du monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain pour qu’ils trouvent eux aussi la place qu’ils souhaitent occuper dans les années à venir.

Je suis jeune, idéaliste, passionnée, mais surtout précaire, réaliste et personnel fantôme dans mon université … le fruit du gâchis sociétal actuel, qui n’est pas propre à l’université française !