Soutien en dessin par la docteure et dessinatrice Tiss

Parce que la situation déplorable des vacataires n’est pas propre aux membres du collectif de Lyon 2, mais qu’il s’agit d’une situation extrêmement problématique à l’échelle nationale …

Soutien en dessin par la docteure et dessinatrice Tiss reçu par le collectif.

Pour retrouver les dessins de Tiss, qui témoignent de manière humoristique et cynique de la situation actuelle des doctorants et docteurs en général… voici le lien vers son site Internet « la thèse nuit gravement à la santé » !

Doc et cie 3

Message de soutien du Collectif des Précaires de l’Ehess

 » Après les canuts tous nus, c’est les précaires en colère qu’on entend gronder depuis Lyon jusqu’à Paris et au-delà !
Mobilisation, rétention de notes, grève… C’est avec passion et émotion qu’on suit le rythme de vos luttes à Lyon II…
Çà nous donne plein d’énergie pour continuer la mobilisation ailleurs et une grande envie de venir vous retrouver pour apporter un peu de soutien et causer de vive voix du contexte et de la méthode.
Camarades lyonnais précaires, les précaires de l’EHESS sont avec vous !

Paris, le 15 février 2015 « 

Nos pensées solidaires vont à vous,

Le Collectif des Précaires de l’EHESS

Le bandit ici c’est l’Etat!

L’université, institution vieille de presque 800 ans, a traversé de nombreuses vicissitudes en des temps où les régimes de France étaient bien plus délétères qu’aujourd’hui. On l’a vu disparaître et renaître, mais sous la pression d’un système prédateur, elle est cependant à ce jour plus que jamais soumise à un asservissement méthodique. La débauche de moyens économiques, politiques, idéologiques en faveur d’une recomposition structurelle de son fonctionnement et par conséquent de ses valeurs a soulevé nombres de contestations.

En cause, les restrictions budgétaires qui affectent l’université à la fois du point de vue des moyens infra-structurels et humains. Parmi l’éventail de personnel qui fait en effet fonctionner l’université (personnel BIATSS, enseignant titulaire, contractuel et vacataire, personnel administratif) les conditions de travail se détériorent. Des salles sans matériel, à la surcharge de travail administratif pour les enseignants chercheurs, en passant par une précarité croissante dans les statuts de chacun et des conditions de travail asphyxiantes pour l’ensemble du personnel, il n’est clairement plus possible de s’accommoder des plans de restructuration, réduction, simplification qui amplifient les processus de subordination à cette peste néolibérale. Cette croyance que l’on accorde en des temps austères à la capacité de ces plans, à panser les maux de tous les budgets, participe à la consolidation techno-politique de notre université. Trop souvent, on préfère la voir comme l’usine à fabriquer de futurs chômeurs à partir de position acculées dos à dos. D’un côté, les étudiants sortis des grandes écoles prestigieuses ou des écoles privées en tout genre, qui payeront taxes et impôts, de l’autre ces utopistes aux intérêts de recherche qui se donnent à penser le monde d’aujourd’hui et de demain pour ne pas participer au « meilleur des mondes ». L’idée selon laquelle l’université ne produirait pas une main d’œuvre crédible sur le marché du travail actuel naît alors en miroir de la fabrique d’êtres particulièrement instruits et possédants des outils de pensée finement aiguisés.

Cela fait longtemps qu’il paraît impossible de subventionner les universités, alors un certain nombre de lois et décrets visant à faire de celle-ci un service performant, ont été mise en place par les gouvernements successifs. Le but faire entrer des capitaux privés afin de faire de l’université une institution rentable. En somme, c’est une privatisation partielle d’une institution publique dont il est question. Les politiques mises en œuvre ont opéré une dislocation du réel, au nom de paradigmes incorporés et universalisés qui vont dans le sens de la pensée néolibérale : la performance, le développement, le progrès. Les chaires de recherches financées par des entreprises aux intérêts particulièrement saillants dans le domaine ont germé, en témoignent le dernier prix Nobel soulevé ces derniers jours au rang d’emblème national par la plèbe néolibérale. L’idée qui s’immisce dans cette semi-privatisation tient dans une rationalité centrée sur l’économie : les ressources, sans les moyens humains. Wendy Brown rappelle d’ailleurs qu’ « elle consiste plutôt dans l’extension et la dissémination des valeurs du marché à la politique sociale et à toutes les institutions » . Des mesures drastiques ont en effet été prises : réduction du personnel qu’il soit administratif (des secrétaires gèrent ainsi 3 années de licence donc plus de 700 élèves à elles toutes seules) ou enseignant. Le gèle à l’embauche d’enseignants titulaires (MCF, Professeur) ou contractuels (ATER), a ainsi ouvert la voie à une main-d’œuvre docile et bon marché : les vacataires.

À l’université pour pallier au manque d’enseignants titulaires deux options se posent embaucher un doctorant en contrat d’ATER pour une année renouvelable et payer comme tout employeur du secteur privé les charges sociales qui correspondent à l’emploi ou embaucher un doctorant pour des vacations (c’est-à-dire des charges de cours régulières) sans payer les cotisations sociales annexes. Vous me demanderez comment est-ce possible de ne pas payer les cotisations sociales liées à l’emploi… Il suffit que cette personne ait un emploi principal qui paye ces cotisations. Le problème qui se pose dès lors est le statut de doctorant. L’université prend pour principe que puisque le doctorant paye des droits d’inscription et donc une sécurité sociale en même temps, il est couvert d’un point de vue social et donc « embauchable » comme une main d’œuvre peu couteuse. Si le problème est pris à l’inverse le doctorant doit payer à son employeur des frais pour être embauchable, car son seul employeur est bien souvent l’université.

Les vacataires représentent en moyenne 60% des enseignants de l’université. Ils sont près de 3000 (doctorants ou employé d’autres structures) à donner des cours à Lyon 2 et représente en moyenne 60% des effectifs d’enseignants en L1. Actuellement la plupart enseignent sans contrat de travail et pourront espérer être payés trois mois après les heures effectuées dans le cas où ils obtiennent un contrat de travail avant ces trois mois de délai. En attendant et malgré les heures effectuées, ces doctorants doivent trouver des revenus d’appoints pour survivre, car les structures d’État (pôle emploi) censées pallier ce genre de problème considèrent que vous avez été payé par votre employeur dans les temps. En somme, un enseignant titulaire d’un master 2 enseigne sans être payé pendant près de trois mois (s’il est chanceux).

Vous me direz alors pourquoi accepter ces conditions… Pour se faire un CV ! Le vacataire a la nécessité de montrer qu’il a déjà enseigné. De plus, enseigner c’est mettre un pied dans le milieu où il est censé travailler plus tard. C’est également travailler dans son domaine de compétence au lieu de multiplier les petits boulots en tout genre pour survivre. Bref, enseigner à l’université s’est conserver également du temps pour mener une thèse à son terme en effectuant les recherches et le travail d’écriture qui en sont corollaires.
La situation est absurde. L’intense expérience paradoxale de la thèse mêle au sentiment étrange que procure l’émulsion même de l’acte de penser, un sentiment visqueux qui colle aux yeux si bien que l’ont croit halluciner sous l’effet de puissants psychotropes. En France aujourd’hui, l’État se permet d’employer du personnel jetable dans des conditions misérables et se targue après d’être le pays des droits de l’Homme en donnant des leçons à tout bout de champ aux autres pays alors que rien n’est fait pour respecter le droit du travail. Un droit du travail en vigueur de partout là où il ne s’agit pas d’institution d’État !…

PM