Lettre ouverte aux titulaires de l’Université Lyon 2

Cher.e.s titulaires,

Dans une lettre de solidarité aux vacataires signée par un grand nombre d’entre vous et adressée à la présidence fin janvier 2015, vous avez manifesté votre soutien envers les personnels vacataires en exprimant un certain nombre de souhaits, notamment celui « que l’on puisse travailler dans des conditions dignes à l’Université ». Vous avez également demandé à la présidence de nous « recevoir dans les plus brefs délais afin que cette dernière puisse « proposer une solution rapide et acceptable » à une situation qui n’est, sur le plan pédagogique comme sur le plan humain, plus tenable. Si nos conditions de travail – si c’est bien de travail dont il est encore question, ce dont il est légitime de douter au vu de l’absence de reconnaissance que l’on nous témoigne – sont un souci majeur dans nos vies quotidiennes puisqu’elles engendrent des situations de forte précarité et nous plongent dans un marasme nuisible à nos travaux de recherche,  il nous semble que vous êtes également concernés.

Vous êtes à la jonction du colmatage budgétaire, celui qui permet aujourd’hui d’employer des vacataires au lieu de ce qui, il y a dix ans, était la norme : l’ATER. Vous n’en êtes pas directement responsables certes, mais votre implication est indéniable. Cette diminution  des fonds attribués à l’université a déjà largement empiété sur la définition de votre travail, en vous chargeant de nombreuses tâches administratives, dont l’embauche de personnel vacataire est seulement un des exemples. Dans ce sens, votre soutien est de fait un poids conditionnel à la résolution de cette situation conflictuelle.

En effet, cette dernière ne peut pas se résoudre sur la base de simples promesses. Nous avons décidé d’être solidaires avec tous les vacataires en attente d’un contrat de travail, du paiement des heures effectuées au semestre dernier, mais aussi de l’exonération des frais d’inscriptions que nous considérons comme un « droit d’entrée » au poste de vacataire. Nous souhaitons également que notre rémunération soit mensualisée et, finalement, obtenir des garanties pour que la situation insensée que nous vivons cette année ne se reproduise pas les années suivantes. Jusqu’à présent, et au regard des éléments de réponse que nous a transmis l’équipe présidentielle (la signature de contrats d’engagements que certains d’entre nous n’ont toujours pas eu entre les mains à ce jour), nous pensons que vous conviendrez que nos revendications n’ont pas été entendues.

Il semblerait que les procédures de régulations de nos situations, de la signature de nos contrats à la mise en paiement partielle de notre travail effectué, soient en cours. Cependant, nous ne pouvons pas reculer alors que nous n’avons fait qu’obtenir une gestion de nos problèmes dans l’urgence et ce sans aucun engagement de la part de l’équipe présidentielle concernant l’ensemble de nos revendications. Par ailleurs, le DRH en charge des enseignants (Thénoz), nous a confirmé l’impossibilité d’obtenir un contrat de travail (même un pré-contrat) avant le début de nos cours en septembre prochain. Actuellement, certains d’entre nous n’ont toujours pas reçu de contrat, d’autres vacataires employés pour le second semestre se voient contraints d’attendre une décision sur leur contrat. Pour d’autres cette situation provient du fait qu’ils doivent justifier d’une assurance sociale pour laquelle ils doivent attendre qu’une autre administration leur fournisse ces justificatifs puisque les documents qu’ils ont déjà fournis sont aujourd’hui périmés, vu le délai de traitement des dossiers.

Cette situation est intolérable ! Et nous estimons que cette injonction de rendre les notes du premier semestre, alors que des vacataires attendent toujours leurs payes pour l’année 2013-2014, n’est pas justifiable. Nous tenons à vous informer du fait que nous avons choisi de continuer cette rétention de notes et notre action de grève jusqu’au vendredi 27 inclus afin d’être sûrs que notre dû sera versé sur nos comptes.

Ce que nous attendons de votre part, c’est un geste de solidarité et d’investissement à nos côtés. Nous représentons une partie non-négligeable du corps enseignant. Une partie si précarisée, exposée et méprisée que nous avons le sentiment d’être presque invisibles. Votre soutien serait un moyen de nous rendre visibles et d’apparaître à vos côtés, luttant ensemble pour une université meilleure. Suite aux discussions engagées auprès des enseignants vacataires, nous avons envisagé plusieurs moyens d’action que nous souhaitons vous proposer.

Tout d’abord, afin de manifester votre soutien envers nous, nous vous invitons à rejoindre notre mouvement de grève pendant une semaine. Cet engagement à nos côtés permettrait à la présidence de comprendre que le problème des vacations ne doit pas être pensé exclusivement en termes de pure logique comptable et financière. Il s’agit d’une refonte complète du projet universitaire envers lequel nombre d’entre nous (et très certainement nombre d’entre vous) exprimons notre désaccord. Toutefois, vous devez comprendre que nous ne pouvons pas rester silencieux plus longtemps : tout comme nous l’avons fait, nous vous invitons à prendre acte du fait que nul d’entre nous ne sortira indemne des mutations institutionnelles qui se mettent en branle actuellement. Nous vous invitons également à reconsidérer les requêtes que vous avez exprimées auprès de nous en ce qui concernent la remise des notes.
Comment tenir des jurys lorsque la moitié des notes ne sont pas remises ?  Comment nous demander de rendre des notes alors que le conflit qui nous oppose à l’équipe présidentielle n’a jamais été aussi loin d’être réglé ?
Concernant ces questions, pourquoi ne pourriez-vous pas décider de tenir les jurys à partir du mois de mars pour nous laisser le temps d’obtenir des engagements précis de l’équipe présidentielle concernant les revendications susmentionnées, car vous le savez, l’équipe présidentielle pourrait très bien décider de prendre des sanctions à notre égard quand bien même le statut de vacataire stipule qu’aucun lien de subordination directe ne nous soumet à la hiérarchie.

Nous n’avons pas demandé à la présidence le simple paiement de nos heures. Nous avons demandé des engagements fermes, notamment pour qu’une telle situation ne se reproduise pas avec d’autres, car nous sommes soucieux des conditions dans lesquelles les prochains vacataires seront amenés à enseigner à l’université. Nous avons demandé que notre maigre salaire qui nous permet de vivre dans des conditions minimales ne soit pas amputé à 20 % (pour les plus chanceux d’entre nous qui avons fait un service de 96 heures en un semestre) pour payer des frais d’inscriptions qui conditionnent notre « employabilité » et ce, pour faire des économies sur les cotisations sociales. Nous ne toucherons pas d’allocations chômage de fait à la suite d’un tel emploi. Nous considérons d’ailleurs, comme cela se fait dans d’autres universités, que le service que nous rendons en donnant des cours pourrait être lui-même rendu sous la forme de l’exonération des droits d’inscriptions. Cette procédure s’applique déjà aux vacataires administratifs de Lyon 2, pourquoi ne pas l’appliquer aux vacataires enseignants au nom de l’égalité de traitement des personnels ? Cela implique, pour ceux qui les ont déjà payés cette année, qu’ils en soient remboursées. Nous avons également demandé que nos heures soient mensualisées car ce n’est qu’un simple processus administratif qui empêche qu’une telle requête soit considérée comme infaisable.

Nous sommes conscients que nous sommes une main-d’œuvre malléable puisque nous acceptons ces conditions afin de préparer aujourd’hui notre avenir professionnel. Car en effet, d’une part enseigner nous permet de ne pas avoir à effectuer un travail sans lien avec nos projets professionnels et, d’autre part, nous y sommes bien contraints, notamment en vue des qualifications, si nous voulons poursuivre notre carrière à l’université. De toute façon nous considérons que notre avenir est incertain puisque trop peu de postes sont ouverts à l’échelle nationale pour tous nous employer, nous qui sommes censés faire partie du monde de la recherche de demain.
En définitive, nous demandons simplement une harmonisation des moyens administratifs et pédagogiques qui conditionnent notre place dans l’université.

Vous êtes ceux par qui de telles demandes peuvent se concrétiser.

Les enseignants vacataires de l’université

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Une réflexion sur “Lettre ouverte aux titulaires de l’Université Lyon 2

  1. vacataire et précaire depuis X années à l’université, j’ai rapidement compris que le soutien des titulaires était vain. Qui plus est depuis la politique de réduction drastiques des finances de l’université relayées par des enseignants titulaires, ne l’oublions pas ! Les titulaires pensent avant tout à sauver leur situations.

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