Je suis jeune, idéaliste, passionnée, mais surtout précaire, réaliste et personnel fantôme dans mon université …

Parallèlement aux cours de TD que j’assure cette année, ma rémunération principale provient de babysittings réguliers et occasionnels.

Sans contrat de travail, je suis en « grève » depuis quelques jours (voir ici les revendications de ce mouvement), mais j’assurerai des cours alternatifs pour offrir aux étudiants un espace d’échange et de réflexions communes. Actuellement, cette situation est sans conséquence sur ma vie et mes revenus : mes revenus réguliers proviennent du babysitting, la paie de mes cours arrivera dans un délai fort incertain.

Je suis ravie d’avoir ce plan de babysitting : je m’occupe de deux enfants charmantes, bien élevées à qui je fais faire leurs devoirs et des activités manuelles. Je goûte avec les enfants, j’ai l’autorisation de me servir de la machine à café. C’est un babysitting pas loin de chez moi, j’y vais en vélo, mes employeurs sont sympas et prévenant, j’ai les clés de leur appartement et ils me payent au tarif légal à l’heure travaillée de manière très régulières et je cotise même pour la retraite !!!

Pour des plans de babysitting plus occasionnels en soirée, je m’occupe des enfants en général durant 1h à 2h, puis ils s’endorment tranquillement. J’ai ensuite le temps de corriger les copies de mes étudiants à l’université, à préparer mes cours pour les séances prochaines : l’idéal quoi ! (Oui, ça peut faire bizarre de penser ça quand on a plus qu’un Bac+5, mais cette condition précaire conduit à avoir ce type de considération paradoxale.) Ce travail de correction de copies et de préparation de cours est considéré comme du travail gratuit, effectué dans le cadre des « tâches annexes » au cours que je donne en classe (seules ces heures de cours me sont rémunérées).

Contrairement, à l’université, je suis théoriquement payée environ 30 euros net l’heure de cours donnée et mon employeur ne me paie aucune charge sociale. Pour y travailler, je dois avant tout payer mon employeur, l’Etat, pour m’inscrire en doctorat, afin qu’un contrat de travail puisse un jour être établit. Mes employeurs (les services des Ressources Humaines et la Présidence de Lyon 2 notamment) ne connaissent pas mon existence, c’est d’ailleurs moi qui ai dû les contacter pour savoir quelles pièces fournir pour établir mon contrat de travail (quel comble !). Je ne dispose pas d’un contrat de travail, et je ne suis pas payée régulièrement. Il est possible de comprendre ces problèmes comme des manifestations d’un manque de personnel administratif (notamment titulaires ou contractuels, avec des salaires en fonction des missions qu’ils assurent), conséquences désastreuses des politiques d’austérité adoptée à l’échelle locale par la Présidence de Lyon 2, et plus largement par l’Etat. Il se trouve que je travaille sur le campus de Bon, qui se trouve à 50min en transport en commun de mon domicile, et l’université ne participe pas au paiement de ces frais de transport. J’ai des conditions d’emplois et de travail déplorables : pas d’accès à une salle de travail spécifique, pas de connexion Internet qui fonctionne correctement, aucun accès à une machine à café (malgré une journée où j’enchaine pas mal de cours). Je ne dispose pas de carte de personnel de l’université et ne peux emprunter de livres à la bibliothèque pour préparer mes cours en travaillant à l’extérieur de la bibliothèque universitaire de Bron. J’ai pris connaissance en discutant avec des collègues des conditions pour avoir accès à la photocopieuse et obtenir les clés pour ouvrir mes salles de cours (pourquoi n’existe-t-il pas un document administratif d’information pour les enseignants vacataires contenant ce type d’information ?). Je ne parle pas des conditions d’étude des étudiants : pas de polycopiés pour les lectures obligatoires (ils impriment les textes à leurs frais), des problèmes de place pour travailler à la bibliothèque, aucune salle de travail libre ou ouverte n’existe pour réaliser un travail de groupe sur le campus de Bron… et parfois pas assez de chaise pour tout le monde en classe dans le cadre d’effectifs surchargés !

Au prorata des heures travaillées/payées, je gagne deux fois plus en faisant du babysitting qu’en donnant des cours en tant que vacataire enseignant à l’université.

Comme certains étudiants qui m’ont posé la question quand je leur ai annoncé que j’étais gréviste, en me lisant vous vous demandez peut-être : « Mais pourquoi dans ces conditions vous continuez à travailler pour l’université ? Pourquoi vous donnez des cours si vous n’êtes pas payée ? »

Excellente question !

 

La réponse est simple : j’aime ce que je fais, mais je souhaite vivre dignement de ma passion, pour devenir -un jour peut être si le système actuel de m’en a pas enlevé toute envie avant- enseignante-chercheure !
Ainsi, en commençant à donner des cours un peu par hasard, j’ai découvert que j’aimais enseigner à l’université, stimuler les étudiants, leur donner des clés pour mieux leur permettre de comprendre ce monde si compliqué dans lequel ils sont un peu paumés, j’aime échanger avec eux ! Former les générations futures, quel plus beau défi pédagogique, humain, collectif ? Par ailleurs, la préparation de ces cours de TD et les échanges avec les étudiants me permettent de me remettre en question, de m’interroger sur certaines thématiques sur lesquelles je n’avais pas eu l’occasion de me pencher, d’approfondir ma connaissance de certaines thématiques, et de m’auto-former à l’enseignement (oui quand on accepte pour la première fois d’assurer un TD, on accepte d’être lancé devant une classe de 40 étudiants, sans avoir bénéficié d’aucune formation. Au mieux, on développe nos compétences pédagogiques au fil de notre expérience). Mais aussi, quand on veut comme moi tenter de faire partie de ce monde qu’est l’enseignement supérieur et la recherche en France, il faut avoir enseigné si on veut avoir une petite chance d’être recruté pour espérer devenir un jour titulaire (enseignant-chercheur). A l’heure actuelle, dans ma filière, j’ai entendu qu’il y avait 200 candidats (tous excellents) pour un poste dans ma filière dans une université voisine. Mais voilà, je fais une thèse non financée (comme 80% des thèses en sciences sociales), et je suis passionnée aussi par ma recherche et mon terrain : c’est un défi intellectuel mais aussi un défi individuel qui permet de se remettre en question profondément et de questionner son rapport au monde. C’est une aventure des plus excitantes…

 

Dans ma vision de la société, je souhaite occuper une place pour faire de la recherche, mais aussi enseigner à mes étudiants des connaissances scientifiques classiques, je souhaite leur faire part des fruits de mon travail de recherche, leur apprendre à adopter un point de vue critique et argumenté face au monde qui les entoure et à comprendre les enjeux du monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain pour qu’ils trouvent eux aussi la place qu’ils souhaitent occuper dans les années à venir.

Je suis jeune, idéaliste, passionnée, mais surtout précaire, réaliste et personnel fantôme dans mon université … le fruit du gâchis sociétal actuel, qui n’est pas propre à l’université française !

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Appel à mobilisation – semaine du 26 janvier

« Si vous n’avez pas de contrats de travail, vous n’êtes pas tenu de donner cours »

                  Jean François Goux, Vice-Président à la politique de l’emploi et à l’action sociale

Appel à la grève des enseignants-vacataires du département de Science Politique

 Nous, vacataires du département de science politique, travaillons depuis septembre 2014 sans aucun contrat de travail et sans rémunération. Après les diverses promesses de la DRH et de la présidence de l’université (« des contrats au 31 octobre » ; « régularisation des situations en janvier 2015 »), force est de constater que la situation est inchangée. Etant donné que le second semestre a débuté sans aucune amélioration de notre situation, la majeure partie d’entre-nous, avons décidé de se mettre en grève et appelons l’ensemble des vacataires de notre université à faire de même ; et l’ensemble des titulaires et des étudiants à se solidariser avec ce mouvement !

Nous exigeons la signature immédiate des contrats de travail pour tous les vacataires du premier et du second semestre. Et l’opération de rétention des notes se poursuit jusqu’à l’activation de la mise en paiement des vacataires.

 AG des vacataires de science politique, jeudi 22 janvier

Ces conditions sont celles de la totalité des enseignants-vacataires de Lyon 2. La DRH est responsable de cette situation. Après l’avoir alerté à plusieurs reprises, le Vice-président RH n’a rien fait pour changer la situation. Aujourd’hui la suspension des cours est le seul moyen pour se faire entendre !

Agenda militant

  • Assemblée générale des étudiants : Mardi 27 janvier, 13h30 (lieu à déterminer)
  • Assemblée générale des vacataires en lutte : Mercredi 28 janvier, 10h sous le forum de Bron

Rassemblement devant la DRH- jeudi 29 janvier à 10h    86 rue Pasteur, Lyon 7ème

Déclaration des enseignants vacataires des filières de Science Politique, d’Arts du spectacle et d’Anthropologie

Nous, vacataires des filières de science politique, d’arts du spectacle et d’anthropologie, travaillons depuis septembre 2014 sans aucun contrat de travail et sans rémunération. Après les diverses promesses de la DRH et de la présidence de l’université (« des contrats au 31 octobre » ; « régularisation des situations en janvier 2015 »), force est de constater que la situation est inchangée. Étant donné que le second semestre a débuté sans aucune amélioration de notre situation, la majeure partie d’entre-nous, avons décidé de se mettre en grève et appelons l’ensemble des vacataires de notre université à faire de même ; et l’ensemble des titulaires et des étudiants à se solidariser avec ce mouvement !

 Nous exigeons immédiate la signature des contrats de travail pour tous les vacataires du premier et du second semestre. Et l’opération de « rétention des notes » se poursuit jusqu’à l’activation de la mise en paiement des vacataires.

Face à cette situation toujours plus catastrophique nous exigeons toujours :

  • Un contrat signé avant de commencer les cours, non conditionné à l’inscription administrative
  • Le paiement mensualisé dans le mois qui suit des heures effectuées
  • La précision dans le contrat de travail du délai de rémunérations ainsi que des « tâches annexes » à la charge d’enseignement qui doivent être rémunérées (paiement des surveillances de partiels, corrections de copies, réunions …)
  • L’envoi immédiat de la feuille de paie en même temps que le versement du salaire
  • Un engagement ferme sur la tenue des TD au moins un mois avant le début des cours, c’est à dire pas de fermeture de TD quelques jours avant le début du semestre
  • Amélioration de la visibilité des procédures de recrutement.

Mais aussi :

  • L’augmentation du nombre de contrats statutaires : CDU, ATER et MCF
  • La limitation à 30 étudiant-e-s par TD
  • Le remboursement des déplacements pour les vacataires n’étant pas de Lyon et le remboursement par l’université de 50% de l’abonnement de transport
  • La simplification de la procédure d’inscription en doctorat
  • La gratuité de l’inscription pour les doctorant.e.s, et étudiant.e.s employé.e.s par l’université, quel que soit leur statut
  • Une harmonisation des contrats de travail entre les différentes composantes

Réunion d’information et questions-débat sur la situation à l’université Lyon 2

Une réunion d’information est prévue ce jeudi 22 janvier à 14h en amphi G nommé Cujas (campus de Bron – au fond du campus sous le bâtiment de GHATT).

Il s’agira d’abord de présenter la situation à l’université pour des titulaires enseignants, des personnels administratifs et des vacataires enseignants, et comment leurs problèmes quotidiens impactent notamment les conditions d’étude des étudiants. A la suite de cette présentation un temps d’échanges est prévu (questions, débat, etc). Au cours de cette réunion, un espace d’échanges portera sur la rétention des notes à venir, réalisée par les vacataires enseignants qui ne bénéficient toujours pas de contrat de travail ni de paie à ce jour.

Vous êtes tous les bienvenus !

Les vacataires enseignants qu’on soit doctorant ou professionnel: les problèmes sont communs !

Cette aventure de mobilisation est passionnante parce qu’elle est collective et nous démontre quotidiennement que les vacataires enseignants, quel que soit leur statut (étudiant (master 2 ou doctorant) ou professionnel (entrepreneur ou salarié plus de 900h/an)), ne sont pas des personnes isolées et seules à affronter des problèmes de nature individuelle à l’université.

Selon le discours servi il y a quelques mois par M Goux, Vice-Président à l’Université Lyon 2 et à la suite de son commentaire de l’article de Rue 89 (ici), la situation des vacataires serait propre à quelques personnes, doctorants minoritaires dans l’une des facultés de Lyon 2. De toute évidence, M. Goux ferrait bien de mieux connaitre son terrain pour effectuer correctement son travail, ce qui n’est pas le cas (du moins par ce qui nous est donné à voir).

Au sein du collectif, nos membres ne proviennent pas exclusivement de cette faculté, bien au contraire, nos effectifs se diversifient largement au fils des mois (actuellement nous sommes présents dans 12 disciplines) démontrant l’étendue des problèmes, dont nous prenons conscience au fils des rencontres.
Il convient également de préciser que des liens sont développés au sein d’autres universités et institutions d’enseignement supérieur et de recherche, la situation de l’Université Lyon 2 ne semble pas être exceptionnelle malheureusement.

Au gré des circonstances, nous avons rencontré des vacataires professionnels de Lyon 2 dans différents départements, qui eux aussi dénoncent les difficultés à obtenir rapidement un contrat de travail et à se faire payer dans des délais raisonnables. Nous n’avons rencontré aucun vacataire enseignant professionnel satisfait de sa situation d’emploi et de travail à Lyon 2. Pour une université qui met en avant le nombre de professionnels vacataires qu’elle emploie pour se targuer d’être à la pointe de la professionnalisation des étudiants, avouez que c’est préoccupant!
Ces vacataires professionnels travaillent généralement par ailleurs dans le secteur privé. Ils nous font part, les yeux ronds, de leur incompréhension totale du fonctionnement du système à l’université, où le droit du travail n’est pas respecté.

En découvrant que leur paie a quelques mois de retard, ils hallucinent. Cependant, l’étonnement et puis dégoût (compatissant) sont à leur comble quand au cours de la discussion, ils prennent connaissance de la situation de précarité extrême des doctorants vacataires d’enseignement: n’ayant pas un emploi stable en parallèle, ils pâtissent (en général) davantage des problèmes d’obtention d’un contrat de travail et de délais de paiement du travail effectué.

La hiérarchisation des vacataires enseignants n’est pas tolérable, nos problèmes sont communs : le respect du droit du travail par l’université. Cela passe nécessairement par l’obtention d’un contrat de travail avant le début des cours et par un paiement mensualisé des heures (dès la fin de chaque mois de cours donnés).