Tribune Anne Fraïsse, Danielle Tartakowsky et Rachid El Guerjouma suite élection CPU

Après l’élection à la présidence de la CPU, les universités à la croisée des chemins…

Nous étions candidats à la présidence de la Conférence des Présidents d’Universités (CPU). La sauvegarde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) était la raison unique et profonde qui a motivé notre candidature.

Le vote à la présidence de la CPU a eu lieu, notre score a été plus qu’honorable attestant d’un constat partagé par un nombre accru de présidents, de directeurs d’écoles et d’instituts et de leur volonté d’agir autrement sur les questions fondamentales qui préoccupent la communauté universitaire. Après ces élections, la CPU, les universités et l’ensemble de la communauté universitaire sont à la croisée des chemins…

Le constat

La situation des universités françaises n’a jamais été aussi grave. Depuis plus de 10 ans, au gré des réformes, l’ESR subit de nombreux bouleversements qui modifient insidieusement et en profondeur nos métiers et le paysage universitaire, avec des moyens en baisse, en comparaison de l’augmentation du nombre d’étudiants et de l’inflation des missions qui nous incombent.

L’insuffisance des moyens dont disposent les universités met nombre d’entre elles dans des situations budgétaires critiques et compromet l’accomplissement de leur mission de service public. Quand elles présentent des budgets équilibrés cela est fait en puisant dans leur fond de roulement et/ou en gelant des postes, en diminuant les crédits consacrés à la formation, la recherche, la documentation ou à la vie étudiante…

En réponse à ces difficultés, le gouvernement ne compense pas le solde du Glissement Vieillesse Technicité en constante augmentation pour la plupart des universités. Il ne compense que symboliquement les frais d’inscription dont les boursiers sont exonérés (plus de 50% des effectifs dans certains établissements). Il annonce de nouvelles missions lourdes avec un budget de fonctionnement en baisse. Ainsi, en 1 mois ce sont 489 millions (le budget de 3 ou 4 universités) qui viennent d’être rayés du budget des universités et de la recherche, 353 millions pour les seules universités. Selon la Cour des Comptes, le programme de l’Etat qui souffre le plus d’annulation de crédits est celui de la Mission interministérielle enseignement supérieur et recherche (Mires), entre le budget initial voté en 2014 et le budget 2014 modifié la différence constatée est d’un milliard en moins !

Par ailleurs, selon les chiffres 2014 du ministère, en termes de fond de roulement, 32 universités sont en dessous du seuil budgétaire de vigilance (-­‐ 30 jours), 23 en dessous du seuil d’alerte (-­‐ 25 jours). Et ce n’est pas la récente restitution, dans une étrange et surprenante mise en scène, des 70 millions d’euros, au demeurant prélevés sur le budget de la recherche et de l’enseignement scolaire pour nous être rendus, qui nous « soulage » comme a pu le déclarer le président de la CPU. Comme la plupart de nos collègues, nous sommes indignés de ces manoeuvres. Nous continuons à affirmer que le rôle de la CPU n’est pas de gérer avec le ministère une survie de nos universités dans un paysage de l’ESR dont les indicateurs, le bilan et les perspectives nous inquiètent au plus haut point.

Le financement que consacre la France à sa recherche publique (universités, écoles et organismes) et à sa recherche privée stagne depuis des années autour de 2,25 % du PIB. Cette stagnation a fait reculer ces dernières années notre pays de la 7e à la 15e place dans le classement mondial. Si on inclut le financement de l’enseignement, l’effort en matière d’enseignement supérieur et de recherche nous place au 20e rang mondial. La chute des emplois scientifiques s’aggrave, le CNRS a perdu plus de 800 emplois statutaires depuis 2002. Les universités ont gelé des emplois de titulaires par centaines et continuent de le faire. L’effort de recherche du secteur privé demeure trop faible malgré les 6 milliards déversés sur les entreprises via le Crédit Impôt Recherche (CIR). Parallèlement, le nombre d’emplois précaires explose tout comme le chômage des jeunes docteurs. Au moment où le potentiel scientifique, public et privé, de notre pays s’affaiblit, où notre potentiel industriel se délite, faute de contrepartie

pour développer l’innovation, le transfert et pour créer des emplois scientifiques, l’université est touchée dans ses fondements, dans ses compétences en recherche et en formation. Devant la gravité de la situation, notre responsabilité est aujourd’hui d’alerter et d’agir afin de préserver l’offre de formation et le potentiel de recherche de nos établissements, dans leur richesse et leur diversité.

Face à cette situation, les inquiétudes, le mécontentement voire le découragement qu’exprime la communauté universitaire sont réels. Si les choses restent en l’état, nous craignons l’explosion d’une crise grave. La CPU se doit de faire entendre ce message, c’est pour cela que nous continuerons à porter en son sein, les questions qui nous paraissent aujourd’hui majeures.

La question des moyens : une question vitale

Devant ce constat, les leurres créés par le modèle d’allocation des moyens « Sympa », qui fait valser les établissements en sous dotés ou sur dotés au gré de calculs obscurs, ne changeront rien à la situation car ce sont, rappelons-­‐le, toutes les universités qui sont sous-­‐dotées par rapport à la moyenne internationale. La stabilisation des effectifs en personnels de l’ESR ne suffira pas à redynamiser la recherche et l’offre de formation. Après 10 ans de chute de la position française en matière d’ESR, il conviendrait au moins de tendre vers l’objectif d’atteindre 3 % du PIB pour la recherche d’ici 10 ans, seuil que l’Allemagne vient de franchir. Atteindre cet objectif minimal, rappelé dans les récents rapports Le Déaut et Berger, suppose que l’on accroisse le budget de fonctionnement des universités et des organismes de recherche d’au moins un milliard d’euros chaque année. La CPU doit défendre cette proposition, permettant un rééquilibrage entre financements récurrents et financements sur projets. Ces moyens pourraient également permettre de financer les fusions et regroupements d’universités et d’établissements en cours.

Cela est possible et les moyens pour y arriver peuvent être mobilisés légalement, sans aggraver le déficit budgétaire de la nation, à travers la réforme du Crédit Impôt Recherche. Réaffirmons le : l’ESR n’est pas un coût mais un investissement. Il est minime par rapport au bénéfice qu’en tirera la nation en termes de qualité de formation, de lutte contre le chômage, de dynamisme de sa recherche et de valorisation industrielle de ses résultats.

Nous proposons également que la CPU travaille avec ses partenaires pour que le volet Recherche et Enseignement Supérieur du CPER 2015-­‐2020 soit à minima maintenu au niveau du CPER précédent pour la mise à niveau du parc immobilier ainsi que les différents chantiers de réhabilitation, conditions d’un accueil des étudiants digne de ce nom et pour nous permettre d’acquérir des équipements scientifiques et mettre en oeuvre les politiques engagées conjointement avec les organismes de recherche au moment où l’Etat met en place une stratégie nationale de la recherche.

L’emploi scientifique est l’investissement d’avenir par excellence

La France ne consacre que 0,6% de son PIB à la recherche public. Pour porter ce taux à l’objectif européen de 1 %, la CPU doit défendre l’idée de la création minimale de 3000 postes annuels dans les universités et les organismes dans le cadre d’un plan pluriannuel d’emplois. Cette création d’emploi devrait aller de pair avec une réduction significative des services des enseignants-­‐chercheurs de manière à leur permettre s’assurer les nouvelles missions qui leur incombent. Là encore les moyens nécessaires pour financer ces créations d’emplois peuvent être mobilisés, sans aggraver le déficit budgétaire du pays, en considérant une partie du Crédit Impôt Recherche.

Il faut aussi renforcer les mesures d’insertion des docteurs, notamment par des aides aux entreprises qui les recrutent, principalement les petites et moyennes entreprises, conditionner le bénéfice du CIR pour les entreprises au recrutement de docteurs, travailler à la reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives et la mise en place d’une politique active de recrutement des docteurs dans la fonction publique d’Etat et territoriale.

La réforme du Crédit Impôt Recherche (CIR) : une question urgente

Le CIR, visant à encourager la recherche privée, a connu une croissance rapide depuis 2008, pour atteindre et bientôt dépasser 6 milliards d’euros annuels. S’il est normal que l’Etat soutienne la recherche industrielle, le mécanisme retenu pour le faire pose problème comme l’a souligné la Cour des Comptes. Il est inefficace et a favorisé la création de véritables niches fiscales sans avoir l’effet de levier escompté sur le développement de la recherche industrielle. Nous proposons de travailler à sa réforme et de redéployer une partie de ce crédit d’impôt vers le financement de l’ESR notamment en termes de moyens et d’emplois scientifiques et de réfléchir au moyen d’utiliser les sommes restantes pour construire une véritable politique stratégique à long terme dans le secteur de la recherche privée. Son obtention doit être par ailleurs conditionnée à l’emploi de docteurs et à l’évaluation scientifique de son utilisation.

L’organisation de l’enseignement supérieur et de la recherche : souplesse et réflexion

La diversité de nos établissements et de nos organismes de recherche doit être respectée comme doit être préservé et encouragé le maillage territorial et thématique indispensable à l’égalité des étudiants et à la richesse de notre système éducatif et de recherche. Qu’il s’agisse de fusions, de Communauté d’Universités et d’Etablissements (ComUE) ou de toute autre organisation nous devons réclamer une réelle autonomie de décision loin d’un modèle unique imposé, et un temps d’organisation qui ne nous impose pas de marche forcée préjudiciable au fonctionnement de nos établissements. Nous devons veiller à ce que les regroupements en cours et le programme d’investissements d’avenir ne favorisent pas la mise en place d’un système universitaire à plusieurs vitesses qui pourrait être aggravé par la régionalisation de l’ESR avec la montée en puissance des Régions à travers les « Schémas Régionaux de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation » et la « stratégie de spécialisation intelligente » des Régions et territoires européens (S3).

Nous proposons que l’ensemble des ces propositions constituent le socle d’un pacte de responsabilité de la Nation avec ses Universités, nous permettant dans le cadre d’un service public revitalisé :

-­‐ d’amener 50% d’une classe d’âge au niveau bac+3 et d’œuvrer efficacement pour la réussite des étudiants et leur insertion professionnelle,

-­‐ de porter au plus haut niveau la recherche fondamentale et appliquée,

-­‐   d’œuvrer   au transfert   de notre   recherche   vers les   milieux socio-­‐économiques   et contribuer

ainsi à développer l’innovation dont a besoin l’économie de notre pays.

Pour porter cette idée force, il nous faut une CPU qui n’ait pas peur de sa diversité. Une CPU qui dépasse la posture qui consiste à gérer avec le ministère la pénurie, une CPU qui dépasse la recherche du plus petit dénominateur commun. Une CPU qui travaille dans la transparence et de manière collective, qui reconsidère le rôle de son assemblée générale. Sur tous ces points nous serons vigilants.

Les équipes de la CPU ont des compétences et une expertise remarquable, voire unique. Les commissions travaillent avec beaucoup d’efficacité. Nous œuvrerons pour transformer ce travail et ces compétences en idées et en stratégie, soumises à l’assemblée plénière pour leur donner un sens politique et faire en sorte que le bureau de la CPU les porte avec force et détermination.

Anne Fraïsse, Danielle Tartakowsky, Rachid El Guerjouma

Le crédit impôt recherche une nouvelle fois dans le collimateur

Le crédit impôt recherche une nouvelle fois dans le collimateur

Fiscalité des entreprises Le Sénat émet des doutes sur l'efficacité du crédit impôt recherche
Le Sénat émet des doutes sur l’efficacité du crédit impôt recherche (Crédits : reuters.com)
Fabien Piliu  |  17/12/2014, 17:10  –  578  mots
Ce mercredi, le Sénat a créé mercredi une commission d’enquête pour connaître la « réalité du détournement du crédit d’impôt recherche (CIR) et ses incidences sur la situation de l’emploi et de la recherche ». L’initiative vient du groupe Communiste, républicain et citoyen (CRC).

Mesurer l’impact du crédit impôt recherche (CIR) sur l’emploi est délicat. En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’il occupe bien l’emploi du temps des parlementaires. Ce mercredi, le Sénat a créé mercredi une énième commission d’enquête pour connaître la  » réalité du détournement du crédit d’impôt recherche et ses incidences sur la situation de l’emploi et de la recherche « . L’initiative vient du groupe Communiste, républicain et citoyen (CRC).

Formée de 21 membres désignés mercredi en séance, cette commission enquêtera sur la gestion des services publics chargés de contrôler l’attribution et l’utilisation du crédit d’impôt recherche. « En l’absence de contrôle effectif et d’évaluation sur les retombées du CIR « , cette commission pourra « examiner les modalités réelles de contrôle de son attribution et de son utilisation, sachant que les services déconcentrés de l’administration fiscale ont perdu 45.000 emplois entre 2002 et 2015, soit 30% des effectifs « , ont souligné les sénateurs CRC en demandant cette commission d’enquête.

La suspicion règne

Pour légitimer cette enquête, les parlementaires ont rappelé que le CIR « est devenu l’une des plus importantes niches fiscales françaises bénéficiant aux entreprises privées, atteignant 6 milliards d’euros en 2015″, devancé par le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) dont le coût devrait avoisiner 8 milliards d’euros l’année prochaine. Avec cette démarche, ils souhaitent s’assurer que cette somme  » bénéficie bien au développement de la recherche et participe à la création d’emplois dans ce secteur, et ne contribue pas à externaliser les coûts sur les pouvoirs publics afin d’accroître les profits. Enfin, le groupe CRC entend s’assurer que le CIR ne soit pas détourné pour devenir un simple outil d’optimisation fiscale, déconnecté des objectifs de recherche, comme semble le suggérer le développement de cabinets de conseils en optimisation fiscale dédiés à cette niche fiscale« , poursuivent-ils.

Ce n’est pas la première fois que le CIR est mis en cause

Créé en 1983, simplifié et relevé en 2008, complété en 2013 par le crédit d’impôt innovation (CII), le CIR offre aux entreprises la possibilité de déduire de l’impôt sur les sociétés 30% de leurs investissements recherche et développement, dans la limite de 100 millions d’euros d’investissements, et 5% au-delà. Son coût pour les finances publiques a explosé, passant de 1,8 milliard d’euros à 5,340 milliards d’euros selon le projet de loi de finances 2015.

La Cour des comptes en 2008, mais aussi un rapport de Gilles Carrez qui était alors le rapporteur du Budget à la commission des finances de l’Assemblée nationale en 2009, la mission d’évaluation et de contrôle (MEC) de l’Assemblée nationale en 2010, l’Inspection générale des finances également en 2010 et le rapport du sénateur Berson en 2012 ont tous déjà jaugé le CIR.

François Hollande a tranché

En 2013, un autre rapport de la Cour des comptes avait dénoncé l’explosion du coût du CIR ces dernières années, jugeant que la dépense des entreprises en recherche et développement n’évoluait « pas en proportion « . Pourtant, en dépit de ces reproches et conformément aux recommandations du rapport Gallois, François Hollande a décidé de pérenniser le CIR. C’est l’une des mesures phares du Pacte national pour la croissance et l’emploi présenté en novembre 2012.

L’auteur
Fabien Piliu

Fabien Piliu

@fpiliu

Soutiens aux étudiant.e.s inculpé.e.s : rassemblement jeudi 18 décembre à 13h

Nous publions cet article en soutien aux étudiants inculpés, en vous appelant à vous joindre au rassemblement de solidarité prévu le jeudi 18 décembre à 13h dans la cour centrale du campus des quais de l’Université Lyon 2.

Notre positionnement : pourquoi nous soutenons ces étudiants
– Nous constatons quotidiennement et dénonçons à l’instar de ces étudiants la dégradation de l’enseignement supérieur en France ;
– Nous dénonçons la dégradation des conditions d’étude et la marchandisation du savoir intolérables toujours en cours ;
– Nous déplorons le manque de transparence et d’écoute de la Présidence : un grave problème dont l’ensemble de la communauté universitaire souffre à l’Université Lyon 2 ;
– Nous déplorons qu’aucune médiation n’ait au lieu dans cette affaire et que la seule réponse adoptée soit extrêmement répressive ;
– Nous déplorons les conditions de jugement de ces étudiants au sein de l’Université qui vont à l’encontre des principes d’équité d’une justice démocratique.

Bref historique des faits :

– Novembre 2013 : une mobilisation des étudiant.e.s et du personnel de Lyon 2 pour dénoncer les politiques menées par le Ministère et suivies par la Présidence de l’Université Lyon 2, un manque d’écoute de la Présidence, et la répression des forces de l’ordre.

En novembre 2013, une mobilisation étudiante et des personnels de l’Université Lyon 2 était en cours. Elle visait, à la suite des mobilisations précédentes (CPE, LRU, etc.) à contester la dégradation des conditions d’études des étudiants, imputée notamment à l’adoption d’un budget d’austérité à Lyon 2. Ces politiques d’austérité sont complétées par la marchandisation de l’université au travers de l’importance grandissante accordée aux entreprises au sein des universités (instances de décision et enseignements). Tout comme ces étudiants, nous nous positionnons contre la dégradation des conditions d’études et une place des entreprises dans les universités publiques. Dans le cadre d’une telle politique de professionnalisation, la qualité des enseignements ne fait l’objet d’aucun contrôle, il est laissé peu de place au développement du sens critique, et cela vise à préparer des salariés pour le monde de l’entreprise aux frais de l’Etat, en favorisant l’exploitation et la précarisation des jeunes (poste de stagiaire à la place de vrais emplois pérennes, faible rémunération des stagiaires, faible encadrement…). De plus nous dénonçons cette politique du Ministère qui permet aux patrons de faire pression pour la baisse sur les salaires en mettant en concurrence chômeurs, travailleurs, étudiants, stagiaires et de tirer vers le bas les conditions de rémunération et de travail pour toute et tous.

Le 21 novembre 2013, à l’occasion d’un Conseil d’administration « ouvert » convoqué par la Présidence, une centaine d’étudiants mobilisés s’était regroupée devant les bâtiments centraux afin d’exprimer leur positionnement de manière pacifique. Les étudiants mobilisés souhaitaient à cette occasion être reçus par la Présidence afin de s’exprimer en début de Conseil. Les portes de la présidence sont restées closes malgré les multiples demandent de dialogue. Du fait de la présence insistante des étudiants devant les locaux, une partie du Conseil d’Administration a fui en catimini pour ne pas avoir à dialoguer avec ces étudiants en se réfugiant dans une autre salle pour y tenir conseil. Face à cette fuite, symbole ultime d’un refus de dialogue, un groupe d’étudiants issu de cette mobilisation a tenté de forcer les portes de cette salle pour dialoguer en face à face. Ces étudiants avaient réussi à entrer au sein de la salle occupée par le Conseil, afin de se faire entendre, des vigiles (de l’université) étaient sur place pour tenter de les évacuer sur ordre de la Présidence. Pour évacuer plus efficacement ces étudiants avec lesquels il ne souhaitait pas dialoguer, le Président a fait appel aux forces de l’ordre sur le campus, les CRS ont ainsi utilisés des tonfas afin de procéder à l’évacuation de ces étudiants des bâtiments. Ces évènements ont conduit à l’interpellation et au placement en garde à vue de six étudiant.e.s (dont quatre militants syndicaux).

– Le soutien de G. Fioraso et une condamnation forte par le Tribunal correctionnel (23 juin et 8 septembre 2013)

La Ministre de l’Enseignement supérieur, Fioraso, avait alors soutenu immédiatement par voie de presse la répression de celles et ceux qui s’opposaient à sa politique.

Sur les six étudiants en garde à vue, trois étudiant.e.s ont été inculpé.e.s devant le Tribunal correctionnel, ils étaient tous trois militants (au sein du syndicat de la FSE- relié à Solidaires). Leurs chefs d’inculpation étaient : « violence » et « rébellion » dans le cadre de la participation à une mobilisation devant les locaux de la Présidence où ils demandaient à être reçus pour avoir l’opportunité de s’exprimer. Après l’audience du 23 juin, le jugement a été mis en délibéré et a été connu lors de l’audience publique de la 8ème Chambre correctionnelle le 8 septembre.
En mettant en parallèle les demandes de Madame la Ministre, les réquisitions du parquet, et la décision finale rendue par le Tribunal, nous considérons que la justice a suivi la demande du Ministère de la répression des personnes qui s’opposent à sa politique. Madame Fioraso avait demandé une condamnation de 3 à 6 mois de prison avec sursis et 4 000 euros d’amende. Le Procureur avait sollicité une condamnation de 3 à 6 mois de prison avec sursis et de 4 000 euros d’amende. Le Tribunal a condamné 3 mois de prison avec sursis l’une, 6 mois de prison avec sursis pour l’autre et 4 350 euros d’amendes, dommages et intérêts et remboursement des frais d’avocat pour deux agents du service de sécurité incendie de l’université plaignants et les agents de la BAC ; soit la peine maximale requise. La troisième camarade a été relaxée.

Ces étudiants n’ont pas été choisi « au hasard » parmi les étudiants mobilisés, ils étaient des étudiants investis au sein de l’Université : l’une est la secrétaire de la section syndicale et l’autre est élu étudiant au Conseil d’Administration. Ils pourraient être des interlocuteurs de la Présidence qui n’a pas choisi, et nous le déplorons, la voie du dialogue.

– 20 octobre 2014 : une Commission disciplinaire qui porte atteinte à une justice équitable

En plus de la condamnation par le Tribunal correctionnel, la Présidence a choisi de poursuivre également ces étudiants dans le cadre des instances juridictionnelles de l’Université.

La Commission disciplinaire d’instruction s’est donc réunie une première fois le 20 octobre 2014. Or, le problème majeur, qui remet en cause l’équitabilité de la procédure, est qu’un membre de la Présidence, Norbert Landon, est à la fois membre et partie à cette procédure judiciaire. En effet, Norbert Landon a porté plainte au commissariat dans le cadre des faits imputés à ces étudiants : il est donc partie. Or son rôle dans cette instance ne se limite pas à cela. Il se trouve qu’il est doublement membre de cette instruction puisqu’il est à la fois instructeur et juge, ce qui est contraire aux principes d’une justice équitable. Il parait complètement hallucinant que la Présidence, en vue d’assurer le bon fonctionnement de la justice dont elle a la charge, ne demande pas à Norbert Landon d’être simplement partie (puisqu’il a porté plainte au commissariat) et qu’elle ne lui demande pas de se retirer. Elle pourrait ainsi demander à d’autres personnes également qualifiées d’être pour l’une instructrice du dossier, et pour l’autre, juge.

L’équipe présidentielle n’a donc pas souhaité assurer un procès juste et équitable aux personnes inculpées, ce qui va à l’encontre des principes démocratiques dont elle tente de se parer.

– Jeudi 18 décembre : Nouveau jugement interne à l’Université

Le jeudi 18 décembre, la Commission disciplinaire rend son jugement sur le sort des deux étudiants. La pénalisation requise pour les faits dont ils sont inculpés est l’exclusion.

Cette réquisition parait totalement disproportionnée au vu des faits qui ont eu lieu en novembre dernier, à la réaction de la Présidence (la fuite, l’envoi de vigiles et l’intervention du commissariat sur le campus…). Ces étudiants, que certains d’entre nous connaissent (pour les avoir eu en cours), ne représentent aucun danger pour les personnes qui travaillent et étudient à l’université. Il s’agit d’étudiants actifs et impliqués qui militent pour l’amélioration des conditions d’étude à Lyon 2. Ils ne sont en aucun cas « des preneurs d’otages » puisqu’ils ont demandé pacifiquement à être reçus au sein du Conseil pour s’y exprimer, et que toute tentative de médiation a été refusée par la Présidence.

C’est la raison pour laquelle nous nous montrons solidaires et appelons à vous joindre au rassemblement de solidarité prévu le jeudi 18 décembre à 13h (dans la cour centrale du campus des quais).

Les effectifs de TD: réalités problématiques et souhaits d’amélioration des conditions d’études (et de travail)

Dans nos revendications nous nous mobilisons sur les effectifs de cours de travaux dirigés.

D’une part, parce que nous assurons des cours de TD dont les effectifs dépassent généralement les 40 étudiants, alors que les plaquettes universitaires de licence annoncent des cours à « une quarantaine d’étudiants », effectif qui ne permet pas d’effectuer un travail d’interaction orale en cours de qualité avec les étudiants.

En effet, nous constatons que ce sont principalement 5 à 7 étudiants (généralement les mêmes) qui participent activement au cours. Dans le meilleur des cas une dizaine d’étudiants participe de temps en tant en cours. Au sein d’une classe de 40 étudiants, à la fin du semestre (selon la méthode de gestion de la parole au sein de la classe de l’enseignant) nous n’avons quasiment jamais entendu la voix d’environ 5 étudiants.

Par ailleurs, notre rémunération n’est pas indexée sur le nombre d’étudiants que nous avons en cours. Dans le cadre des cours de TD, quand nos effectifs dépassent les 40 étudiants (dans le cas idéal où nous avons un contrat de travail et nous sommes rémunéré.e.s), nous effectuons du travail considéré comme gratuit s’agissant des effectifs supplémentaires (correction de copies, gestion d’un groupe d’étudiants plus nombreux…), qui ne donne lieu à aucune reconnaissance et qui pénibilise le travail de tous (enseignants et étudiants).

D’autre part, parce qu’il nous semble qu’un effectif de 30 étudiants par cours de TD serait bien plus favorable aux conditions d’études des étudiants, à l’instar de plusieurs syndicats (Unef, FSE…) et comme cela a été démontré dans plusieurs études scientifiques.

Cette question des effectifs influe directement sur le temps que nous passons à la correction des copies des étudiants.
Par exemple, quand au cours du semestre, nous savons que nous avons (environ) deux copies (contrôle de mi-parcours, synthèse, commentaire, dissertation…) par étudiant à corriger, et que nous avons 4 groupes d’étudiants: nous passons entre 10 et 15 minutes par copie. Ce volume horaire est indicatif et varie sensiblement selon la nature de l’exercice et la qualité de la copie.
Si notre effectif est de 40 étudiants par classe : nous passons environ 40 heures de correction. Si notre effectif est de 42 étudiants par classe: nous passons environ 2 heures de plus.
Ce travail de correction étant considéré comme un tâche annexe à notre mission d’enseignement, il n’est pas rémunéré en tant que tel.
Si l’on prend en considération ce dernier point, cela peut expliquer que certains enseignants prennent moins de temps à annoter les copies quand ils les corrigent. Ce système influe donc directement que le temps consacré à chaque étudiant par l’enseignant (par exemple dans le cas où il aurait par ailleurs un petit boulot alimentaire), et à sa disponibilité à lui donner des conseils (annotations sur la copie ou réponses aux emails).

S’agissant des cours de langues dont les effectifs tendent à augmenter, nous considérons ce phénomène comme particulièrement préjudiciable à l’apprentissage des langues.
Comment pratiquer l’anglais dans un cours à 50 étudiants ?
Comment espérer donner une formation de qualité en langues, à des étudiants motivés pour partir à l’étranger quand certains ne parlent qu’une ou deux fois dans le semestre la langue qu’ils apprennent ?
Comment commencer à apprendre une nouvelle langue dans une classe à 50 étudiants ?
Souvenez-vous au lycée, c’était déjà difficile de pratiquer les langues à l’oral dans une classe avec 25 étudiants !
Ce système favorise donc les étudiants les plus favorisés, qui ont les moyens d’effectuer des séjours à l’étranger, des cours particuliers, des cours intensifs … et accentuent la sélection sociale.

Nous nous mobilisons contre des effectifs à plus de 40 étudiants, qui ne permettent pas d’assurer un enseignement interactif de qualité.

Nous nous mobilisons en faveur de cours de TD à 30 étudiants maximum, pour pouvoir donner des cours de qualité.

Nous avons parfaitement conscience que ce positionnement est contraire aux politiques actuelles d’austérité dans l’enseignement supérieur. Cependant, de tels effectifs existent actuellement dans des structures aussi variées que les IUT (moyenne de 25 par classe), les Instituts d’Etudes Politiques (25 par classe de TD dans celui de Lyon), les ENS, etc.

Mais qu’est-ce que cela implique ?

Nous ne souhaitons pas (comme cela risque d’être le cas dans certaines filières universitaires dans les prochaines années) qu’une sélection se mette en oeuvre à l’entrée à l’université ou dans certaines filières.
Nous souhaitons un investissement conséquent de l’Etat et par conséquent de notre université, afin que l’enseignement des étudiants qui le souhaitent puissent s’inscrire dans la filière de leur choix en licence (sans sélection géographique, sans tirage au sort, sans sélection par les notes du bac, sans exclusion des personnes venant d’autres filières qui souhaitent se réorienter l’année suivante). Il s’agirait d’accroitre le nombre de groupe de travaux dirigés et d’enseignement des langues, en investissant dans des emplois (principalement d’enseignants titulaires, mais aussi du personnel administratif formé qui permet d’assurer le bon fonctionnement de l’université).

Ce que durent les promesses

Communiqué du Groupe Jean-Pierre Vernant (@Gjpvernant)
Pour 513 millions de moins
Retrouvez ce communiqué en ligne à l’adresse suivante:
La « crise » désignait autrefois un brusque accès morbide, un événement bref et intense, une phase critique, un trouble limité dans le temps. La « crise » est aujourd’hui une méthode de gouvernement, qui accompagne la mutation d’une société d’enfermement vers une société de contrôle. Si notre vie professionnelle se révèle de plus en plus difficile, privée de moyens et sans perspectives, il faut avoir conscience qu’il ne s’agit ni du hasard ni d’une fatalité. A l’Université — comme ailleurs — elle passe par une atomisation méthodique de la communauté universitaire, mise en œuvre par l’action de ternes personnages, médiocres managers. La principale méthode de contrôle du néo-management s’appelle le « projet » : AAP, une machine à happer.
Il n’est dès lors pas étonnant que l’apathie générale, le repli sur une vie cellulaire — son amphi, son article à finir, son TD — ait conduit, le vendredi 12 décembre, à l’une des attaques les plus virulentes contre l’Université.
Il y eut bien sûr la réception donnée dans un décor d’opérette par le chef de l’Etat, mais il ne s’agit pas de cela. Devant le groupe Marc Bloch [1] rassemblé aux premières loges, M. Hollande y prononça sans sourciller ces mots : « le budget des universités, dans une période pourtant contrainte sur le plan des finances publiques, doit être sanctuarisé. C’est un engagement que j’ai pris et je veille à ce qu’il soit tenu. » [2] On sait ce qu’il en est. Même l’engagement pris la veille — l’aumône de 70 M€ — ne fut pas respecté [3]. Si 70 M€ sont revenus aux universités, c’est en prélevant M€ dans des programmes universitaires, 20 M€ à l’ANR et, comble du cynisme, 15 M€ à l’enseignement scolaire.
 

 
Les crédits de l’enseignement supérieur et de la recherche sont donc, au final, amputés [4] de (230+123+136+350/5-70+4+20) = 513 M€ soit plus d’un demi milliard ! Un avant-goût du milliard et demi d’économie prévu pour la période 2015-2017 [5]. Rassurez-vous : le contrat Elsevier [1] est, lui, sanctuarisé et le pipeline budgétaire vient de transférer à nouveau 98 M€ aux structures nanotechnologiques créées et précédemment dirigées par Mme Fioraso et son compagnon [6]. Comment qualifier les mensonges du chef de l’Etat et la joie de M. Salzmann étalés dans la presse ?
Sans place laissée au hasard, la veille au soir, une fuite orchestrée [7] nous apprenait les funestes projets de M. Salzmann et de son entourage. Nouvelle illustration de la technique du choc et de la stupéfaction, il s’agit d’une attaque d’une virulence inusitée contre les enseignant-chercheurs et l’Université. Sous couvert de « revoir la conception du métier d’enseignant-chercheur », cette nouvelle feuille de route du groupe Marc Bloch prévoit la révision des « référentiels horaires pour qu’ils correspondent réellement à la stratégie de l’établissement ». En substance, il s’agit de rendre obsolète la référence aux 192 heures statutaires annuelles, en donnant la possibilité aux directions des établissements de moduler à la hausse et individuellement le temps d’enseignement. Il s’agit d’organiser la différentiation entre établissements de proximité et établissements de recherche, entre le « périmètre d’excellence » des ComUÉ, et les « collegium » universitaires en charge, dans la misère, de l’enseignement de masse.
Selon ce document, les membres du groupe Marc Bloch souhaitent achever la mise en place d’une féodalité dont ils seraient naturellement les suzerains : supprimer la procédure de qualification, redonner ses lettres de noblesse à l’endo-recrutement [8], contrôler des « fiches de postes », introduire systématiquement des néo-managers dans les comités de sélection, multiplier le nombre d’étapes de la procédure de recrutement. Du reste, l’ensemble du texte déploie une inventivité remarquable pour occuper les enseignant-chercheurs à autre chose qu’à faire leur métier : créer, transmettre et critiquer les savoirs.
Cette attaque frontale visant à priver les universitaires de leur statut ne se comprend qu’agencée avec la création des ComUÉ [9] d’une part, et avec la baisse volontariste et massive des budgets, d’autre part. L’augmentation des frais d’inscription suivra, en toute logique. Il s’agit de procéder à un coup d’accordéon : créer artificiellement des monstres aussi bureaucratiques que dysfonctionnels, puis en prélever une petite structure [10] concentrant les moyens, laissant l’enseignement de proximité — de masse — à des enseignants à temps plein.
Vous pensiez le repli cellulaire comme une stratégie de survie pérenne ? Vous voilà détrompés.
[1] A ce propos, saviez-vous que le fondateur de Couperin, ce consortium dont l’une des premières actions fut de signer un contrat léonin avec Elsevier, est aussi le père des ComUÉ, ces usines à gaz venues s’ajouter au mille-feuille bureaucratique pour priver la communauté universitaire de ses derniers moyens d’action.
[2] A la décharge de M. Hollande, ce discours — plein de provocations sur les regroupements imposés autoritairement par la DGESIP — a dû être écrit par son conseiller, membre du groupe Marc Bloch. Dépêche AEF en date du 13 décembre 2014: F. Hollande à la CPU : l’engagement de sanctuariser le budget des universités est une « bataille de tous les instants » [SIC]
[5] Lors d’une audition au Sénat le 4 juin 2014, Geneviève Fioraso a annoncé l’équivalent d’1,6 milliard d’économie pour l’ESR en 2015-2017. http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/universite-economies-budgetaires-la-communaute-universitaire-de-plus-en-plus-inquiete.html
[7] Dépêche AEF en date du 11 décembre 2014 Enseignants-chercheurs : les propositions de la CPU sur leur recrutement, leur formation et leurs carrières
[8] Il suffit de rechercher la production scientifique de nombre des membres du groupe Marc Bloch pour constater qu’ils étaient en situation d’échec professionnel avant de grimper dans la hiérarchie.
[9] On se souvient que le groupe Marc Bloch usa de mensonges, de pressions, de menaces etc., pour imposer cette forme de regroupement et pour annihiler toute forme de démocratie universitaire. Episode mémorable, il alla jusqu’à falsifier un amendement législatif déposé par le groupe écologiste du Sénat. Le contenu de cette tentative de faux et usage de faux ? Celui qui finit par passer à la faveur d’un cavalier législatif entre vache et cochon :
[10] Dixit M. Tirole « La norme internationale se situe à 10-15.000 étudiants, pas plus. En France, les universités sont bien au-delà de ces chiffres, ce n’est pas sérieux. »
« Le vrai courage c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer.« 
Groupe Jean-Pierre Vernant.
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Droit d’accès, d’opposition et de désinscription

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Les enfumeurs – 14 décembre 2014 | Par Pascal Maillard

http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-maillard/141214/les-enfumeurs

Les enfumeurs

Hollande, Fioraso et la Conférence des présidents d’université (CPU) viennent de réaliser un formidable enfumage de l’Université, de la Recherche et de l’opinion publique : faire passer la restitution de 70 millions pour un sauvetage et une sanctuarisation alors que le gouvernement programme 1,6 milliards de réductions de crédits, détruit l’emploi scientifique et précarise notre jeunesse.

La politique de notre démocratie dévoyée se construit de plus en plus dans des jeux de rôles, des stratégies de communication et des mensonges éhontés. Plus encore que Sarkozy, François Hollande et son gouvernement excellent dans l’art de l’enfumage, et plus précisément dans cette ruse, devenue un classique, qui consiste à affoler la galerie avec une petite régression inacceptable pour masquer un insidieux coup de matraque d’une toute autre portée. Une fausse reculade du gouvernement donnera aux indignés le sentiment d’une grande victoire alors qu’ils sont les dindons de la farce. La comédie qui vient de se jouer avec le budget de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est de ce point de vue exemplaire.

1. Une comédie en trois actes

Acte I : la coupe scélérate. L’action se passe au Parlement le 18 novembre dernier. Lors de la première lecture du Projet de loi de finances 2015, des amendements déposés par le gouvernement retranchent 136 millions d’euros de plusieurs lignes budgétaires de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dont 70 millions de crédits pour les universités : les députés socialistes obtempèrent en bons godillots, sans se demander s’il n’y a pas dans cette coupe une entorse à l’engagement du Président de préserver l’Enseignement supérieur et le Recherche.

Acte II : l’organisation de la protestation. L’action se déroule en trois lieux et de façon coordonnée. Au Sénat qui retoque les amendements et annule les baisses de crédit, un choix très prévisible et attendu par le gouvernement. Au ministère où Fioraso soigne sa communication : je me bats pour la préservation du budget, mais je suis solidaire du gouvernement. Autrement dit : ce n’est pas moi, mais Bercy. A la CPU où les présidents d’université exigent la restitution des 70 millions, oubliant au passage que la coupe est de 136 millions et concerne aussi la recherche, ce dont ils semblent se moquer. « L’appel de Strasbourg », initié par la présidence et signé par tous les directeurs de laboratoires et de composantes est heureusement plus vigoureux, mais il est à craindre qu’il rejoigne bien vite le cortège des enfumés.

Acte III : François 1er sauve l’Université. Se campant en ultime arbitre du différend, le Président fait circuler l’information, la veille de la journée de mobilisation nationale du 11 décembre (dépêche AEF puis article des Echos), selon laquelle il a décidé de restituer les 70 millions. Ce que les amendements gouvernementaux avaient imposé, le prince décide de le défaire, réduisant le Parlement à une simple marionnette. Le 12 décembre au soir, à l’occasion d’un dîner organisé à l’Elysée, François Hollande déclare devant un parterre de présidents d’université comblés : « Le budget des universités, dans une période de contraintes budgétaires, doit être sanctuarisé. C’est une promesse qui est tenue. Je me réjouis que, suite à une intervention que j’ai faite, le Parlement ait rétabli les 70 millions ».

Comme dans toute bonne comédie, le concert final des satisfécits peut commencer et le dîner de dupes se dérouler joyeusement sous les ors de la République. Le président de la CPU ira même jusqu’à minimiser l’incident : une « maladresse du ministère du budget », dira-t-il sur France-Info. La France est rassurée : le Président veille au grain, les chercheurs vont pouvoir continuer à chercher, les enseignants à enseigner et les étudiants à étudier. Il n’en est évidemment rien : la France est enfumée, avec le concours de ces puissants mandrilloptères que sont devenus les médias.

2. Désenfumage

Afin de faire tomber les masques et de dissiper la fumée, il suffit de considérer les faits et d’analyser les chiffres dont chacun dispose. Trois types d’opérations budgétaires doivent retenir notre attention. La première opération fait l’objet d’un trucage, les deux autres sont sciemment cachées à l’opinion publique. Les trois démontrent que les budgets de l’ESR ne sont en rien sanctuarisés, mais considérablement réduits.

Le premier niveau est celui de la pseudo-restitution des 70 millions. Ces crédits pour « les formations supérieures et la recherche universitaire » ne sont restitués qu’au prix de redéploiements et de ponctions d’autres lignes budgétaires : l’amendement qu’on peut lire ici prévoit de minorer de 20M la ligne « Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires » et de 15M les crédits de la mission « Enseignement scolaire ». Comme d’habitude le gouvernement déshabille Pierre pour habiller Paul et au passage c’est la recherche et l’Education nationale qui en font les frais. Une coupe de 35M subsiste donc et sur les 136M supprimés le 18 novembre ce sont bien un peu plus de 100M qui ont été en définitive supprimés du budget de l’ESR pour 2015.

Le second niveau est celui des coupes opérées au titre de l’année 2014. Le Groupe Jean-Pierre Vernant a très justement pointé, dans un communiqué du 12 décembre, que le projet de loi de finance rectificative 2014 actait une baisse de 560M de la mission « Recherche et Enseignement supérieur ». Les rapporteurs de la Commission des finances du Sénat écrivent précisément ceci : « Ainsi, la mission « Recherche et enseignement supérieur » a vu ses crédits pour 2014 réduits dans le décret d’avance du 2 décembre 2014 à hauteur de 191,3 millions d’euros en autorisations d’engagement et 262,5 millions d’euros en crédits de paiement. Ce sont les programmes principalement liés à la recherche qui sont les plus touchés, laissant craindre des difficultés importantes de fin de gestion pour certains opérateurs de la recherche, qui ne sont pas, dans ce contexte, encouragés à embaucher de jeunes chercheurs ou à lancer de nouveaux projets. » La baisse entre la Loi de finance initiale 2014 et la Loi de finance rectificative est de 2,2% (de 26 Mds à 25,442 Mds, chiffres vérifiables ici, dans le tableau de la page 81).

Le troisième niveau est d’une ampleur bien plus considérable, et s’inscrit dans la logique budgétaire entamée dès 2014. Il s’agit des réductions des crédits de l’ESR programmées pour les trois années à venir. Geneviève Fioraso a en effet annoncé en juin dernier 1,6 milliards d’économies à faire sur les budgets 2015-2017 de l’Enseignement supérieur et la recherche. Ces coupes claires constituent un démenti cinglant à la rhétorique du secteur sanctuarisé et consacrent un désengagement dramatique et irresponsable de l’Etat de la recherche et de l’Enseignement supérieur. Alors que l’Allemagne a compris l’enjeu de l’ESR pour l’économie et l’emploi en décidant d’augmenter de 25% son soutien à la recherche pour les trois années à venir, la France programme une diminution colossale de 5% sur la même période.

On comprendra dès lors que les 70 millions qui ont amusé la galerie de la CPU, des enfumeurs et des enfumés consentants sont de peu de poids devant les coupes déjà exécutées et toutes celles à venir. Ce que l’on comprend moins, c’est que l’écrasante majorité des chercheurs et des universitaires aient tant de mal à dissiper le brouillard qu’ils ont devant les yeux. Qui donc peut encore croire au mythe de la sanctuarisation?

3. La tragédie qui vient

Le potentiel de recherche et d’enseignement de notre pays est aujourd’hui en péril. Les décisions irresponsables de nos gouvernants d’amputer ses moyens à hauteur de 7% sur la période 2014/2017 – soit 2 Mds, alors que c’est le montant annuel nécessaire à la relance de l’ESR -, après des années de réformes destructrices, de baisse de l’emploi scientifique et de développement de la précarité, annoncent une tragédie, pas seulement pour le secteur de l’ESR, mais pour nos emplois, notre économie, notre jeunesse.

Mais la tragédie qui s’annonce est certainement déjà là. La souffrance au travail explose dans toutes les universités et dans les organismes de recherche, les conditions d’étude, de recherche et d’enseignement se détériorent, les cas de suicide se multiplient, les possibilités de recrutements se tarissent, les gels de postes se multiplient, les emplois promis ne sont pas créés faute de moyens, les docteurs ne trouvent plus de débouchés professionnels, les droits d’inscriptions explosent à travers des DU et masters payants ( de 1500 à 8000 euros par an), les contingentements se multiplient et pour couronner le tout la CPU ne trouve rien de mieux que de se comporter en MEDEF bis lorsqu’elle propose de moduler les services des enseignants-chercheurs à la hausse (lire ici un second et remarquable communiqué du Groupe Jean-Pierre Vernant intitulé « Ce que durent les promesses »). Pendant ce temps Fioraso joue à « Nano 2017 », en situation de très probable conflit d’intérêt, et en ponctionnant plusieurs lignes de crédits qui sont déjà anémiques.

La communauté d’enseignement et de recherche attend autre chose que des bidouillages et des mesures d’austérité drastique qui conduisent l’ESR dans le mur. Il existe de vraies solutions de refinancement de l’ESR. Il suffirait de prendre au sérieux les propositions de Sciences en Marche, appuyées par de nombreuses organisations syndicales et par des parlementaires de gauche qui n’ont pour l’heure rencontré que l’autisme du gouvernement dans leur tentative pour réformer le Crédit Impôt Recherche qui gave les grands groupes industriels avec l’argent du contribuable, et ceci pour des activités qui n’ont rien à voir avec la recherche.

Face à l’enfumage permanent et aux petits et grands mensonges d’Etat, devant cette logique de descruction très volontaire de l’ESR conduite par des néolibéraux autoritaires qui entendent ouvrir l’université et la recherche publiques au marché concurrentiel et qui n’ont comme seule vision de l’avenir que l’Europe des régions, de la spécialisation dite « intelligente » et de la dérégulation, il ne reste plus qu’à mettre notre espoir et notre énergie dans les mobilisations naissantes afin qu’elles se développent et que la « révolte » crainte dans « L’Appel de Strasbourg » devienne une réalité effective. L’indignation, les suppliques et les petites journées de grève ne suffiront pas. La RESISTANCE par l’action unie et déterminée de tous les personnels et étudiants de la Recherche et de l’Enseignement supérieur est aujourd’hui le seul moyen d’éviter la tragédie que nous promettent Hollande, Fioraso et la CPU. Nous ne nous laisserons pas engloutir dans ce Triangle des Bermudes!

Pascal Maillard

PS : blogs d’utilité publique, pour ne plus vivre enfumé :

– https://histoiresduniversites.wordpress.com

– http://lesupenmaintenance.blogspot.fr

– http://www.groupejeanpierrevernant.info

L’Inserm à nouveau condamné sur la précarité

2 décembre 2014  /  Politique (Recherche et Université)
L’Inserm à nouveau condamné sur la précarité

Un dessin de Cled12Un dessin de Cled12

La justice vient d’alourdir la condamnation de l’Inserm en raison de son refus d’attribuer un CDI à un jeune chercheur après 7 ans de CDD dans le même poste.

C’est la suite de « l’affaire Catelain » qui, après celle d’une ingénieure de Nantes finalement embauchée en CDI après un combat judiciaire, confirme que les pratiques des organismes de recherche contreviennent à la loi et au code du travail. Et devrait inciter des centaines d’ingénieurs, techniciens et chercheurs précaires de faire appel aux tribunaux.

Le 10 octobre 2014, le Tribunal Administratif de Paris, a annulé le refus du Président de l’Inserm d’attribuer un CDI à ce biologiste. Le texte du jugement met en évidence un fait très répandu: le passage d’un employeur à l’autre (Inserm, fondations diverses, université) pour une activité en réalité continue, dans le même laboratoire et sous la même autorité hiérarchique. Des éléments factuels qui ruinent les argumentaires fondés sur la multiplicité des employeurs pour refuser l’embauche en CDI. Le Tribunal avait alors  condamné l’Inserm à payer 1500 euros au scientifique et avait demandé à l’Inserm de réexaminer sa décision.

Un accord du ministère de la recherche

Pourtant, malgré l’évidence de la situation – «Si l’Inserm s’entête et fonde son refus sur la même raison, son action sera à nouveau condamnée par le Tribunal comme illégale», avait déclaré maître Manifestation de précaires à MontpellierManifestation de précaires à Montpellier

Bascoulergue, l’avocat du chercheur la direction de l’Inserm a de nouveau refusé d’embaucher en CDI. Même motif, même punition, mais plus lourde, a conclu le Tribunal administratif qui a de nouveau condamné l’Inserm, le 24 novembre, à payer 2000 euros au chercheur, et à réexaminer sa décision, mais avec une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Ce jeune biologiste a passé sa thèse à l’université Pierre-et-Marie Curie. Puis, durant sept ans et trois mois, il a cumulé les CDD à l’Institut de myologie de la Pitié-Salpêtrière, pour un travail sur les maladies cardiaques. Avec succès, puisque les dirigeants de ce laboratoire mixte (Inserm, CNRS et UPMC) lui ont demandé de poursuivre ses travaux à chaque fin de contrat. L’an dernier, fin des CDD Inserm après cinq ans et demi. Mais le labo ne veut pas perdre son expertise. Aussi, un nouveau CDD est financé par l’AFM (Association française contre les myopathies), donc le Téléthon. Il débouche sur un brevet, en cours d’évaluation après son dépôt, en médecine régénératrice cardiaque à partir de cellules tirées d’autres muscles. Une avancée qui pourrait servir aussi pour les myopathes.

L’Inserm est citée dans le dernier rapport de la Cour des comptes, pour le grand nombre de précaires dans ses laboratoires. Le nombre de CDD a été multiplié par quatre entre 2005 et 2010, passant de 497 à 1.925, soit 28% des effectifs globaux de l’Institut, selon la Cour.

Une déception vis à vis du pouvoir politique

L’entêtement de l’Inserm dans cette affaire ne peut s’expliquer sans un accord du ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur avec son attitude. Le gouvernement campe en effet sur une position rigide, plus idéologique que financière en ce qui concerne les effectifs de la recherche publique. Un comportement qui n’est pas pour rien dans la déception aujourd’hui largement répandue dans les laboratoires vis à vis d’un pouvoir politique qui avait la faveur de la  La manifestation parisienne de Sciencs en marche

La manifestation parisienne de Science en marche

majorité des personnels de la recherche publique à ses débuts. La demande d’un plan pluriannuel pour l’emploi scientifique était en effet au coeur des multiples manifestations organisées cet automne, notamment dans le cadre de l’opération Sciences en marche.

Ce cas est en effet représentatif d’une génération de jeunes formés en sciences de la vie avec une  trajectoire rapide : «Cherchez, trouvez, virés !» Cette précarité «touche tous les métiers de la recherche», explique François Bonnarel, ingénieur au Centre de données astronomiques de Strasbourg, élu CGT au Conseil scientifique du CNRS. Pourtant, cette génération de précaires a permis à la France de se maintenir au sixième rang mondial par le nombre de ses publications scientifiques. Aujourd’hui, elle est exclue de la recherche, publique comme privée. «Il y a quelque chose de profondément immoral dans ce que nous avons infligé à ces jeunes», selon Sophie Duchesne, la coordonnatrice du Comité national de la recherche scientifique, politiste à l’Institut des sciences sociales du politique (université Paris X-Nanterre).

► Une note lors de la première condamnation de l’Inserm en octobre dernier.

► L’affaire de l’ingénieure de Nantes (aujourd’hui chef d’équipe).

Des CDI et des débats.

L’Inserm condamné en référé pour refus de CDI.

Reportage à Montpellier dans les labos de biologie.

Les précaires font pression sur Fioraso.

► Précaires, des directeurs de labo écrivent à Fioraso.

Ma thèse en 180 seconde, et après ? Rien.

Les jeunes, l’emploi et François Hollande.

Par Sylvestre Huet, le 2 décembre 2014

ça se passe ailleurs… ouverture de la rubrique !

Bonjour à tous,
Nous inaugurons une nouvelle rubrique afin de mieux faire circuler les informations sur les mobilisations en cours dans l’enseignement supérieur et la recherche…
N’hésitez pas à nous contacter pour faire passer des infos dont nous n’aurions pas connaissance.

A bientôt,

La rétention de notes: une action qui ne tombe pas du ciel…

Une action qui relève actuellement d’un effet d’annonce, pour régler au plus vite une situation problématique et intolérable

L’action de rétention de notes a été adoptée par le collectif de Lyon 2 pour dénoncer une situation qui ne date pas d’hier. En effet, le problème de travail sans contrat valide et les problèmes de retard de paiement (ou de non paiement) des vacataires enseignants sont un phénomène qui existe (pas seulement à Lyon 2) depuis de (trop) nombreuses années.

Au sein du collectif de Lyon 2 actuel, nous nous sommes mobilisés depuis le printemps dernier pour signaler le problème à l’administration de l’université, afin que la situation ne se reproduise pas cette année universitaire 2014-2015. Le  printemps dernier, nos courriers à l’administration n’ont fait l’objet d’aucune réponse de la Présidence (ou de l’administration en général). Depuis septembre 2014, nous nous sommes véritablement montés en collectif pour créer une mobilisation collective pour mettre fin à ce problème qui touche toutes les composantes de notre université. En octobre 2014, nous avons rencontré le Vice-président en charge des ressources humaines, M Goux une première fois pour lui exposer nos revendications et trouver des solutions rapides pour régulariser la situation des vacataires enseignants qui travaillaient depuis le début du semestre (sans contrat et sans la paye). Il nous a proposé de nous rencontrer la semaine suivante, mais il n’était pas au rendez-vous. Notre collectif l’a ensuite rencontré par la suite, où des propositions d’amélioration ont été faites, mais elles sont pour l’instant restées lettres mortes, puisque 90% d’entre nous n’ont toujours pas de contrat de travail, malgré la promesse de voir ce problème résolu au 31 octobre (dernier).

Ce problème d’obtention de contrat de travail et d’une paye pour un travail effectué (et sous payé, autour de 4 euros l’heure travaillée en réalité), n’est plus acceptable en cette fin de semestre alors que les TD touchent à leur fin, que les copies sont en train d’être achevées d’être corrigées… et donc que le gros de notre travail a été effectué sérieusement. Nous considérons qu’il est problématique car dans certains départements, les cours de TD de licence sont assurés en très large majorité par des enseignants vacataires: sans nous, vous n’auriez pas de telles conditions d’études. Nous considérons que nos conditions d’emploi et de travail portent atteinte à la qualité de notre travail, et donc à la qualité des cours (et correction) que nous donnons, et donc à la qualité de vos études.

Dès lors, nous avons opté pour la rétention administrative des notes: nous ne communiquerons pas nos notes, fruit ultime de notre travail d’enseignement du semestre à l’administration tant que notre situation n’aura pas été régularisée (contrat de travail + paye). Et ce dans le but que l’on soit sûr que l’Université Lyon 2 honore ses obligations, puisque nous refusons de travailler gratuitement pour elle.

Pour l’instant, en ce début décembre, il ne s’agit que d’un effet d’annonce d’une rétention de notes, puisque selon le calendrier universitaire, les notes sont transmises et validées par l’administration que fin janvier (2015). Cela laisse donc un délai de deux mois à la Présidence pour solutionner nos situations précaires, intolérables et extrêmement problématiques.

Quelles conséquences pour les étudiants ?

Tout d’abord cette action n’impacte aucunement la situation des étudiants pour les deux prochains mois à venir: tout reste normal. Les vacataires enseignants se sont accordés pour transmettre les notes de manière individuelle aux étudiants de leurs TD.  Il ne s’agit donc pas d’une action « contre les étudiants » ou « d’une prise d’otage », puisque la communication est maintenue et qu’une coopération sera mise en œuvre pour régler au mieux les situations individuelles problématiques.

Pour les boursiers du CROUS: votre bourse vous est attribuée sous couvert d’une obligation de présence en cours. Vos notes ne sont pas prises en compte dans l’attribution de celle-ci (ou sa suspension).

Pour les cas où cette action pourrait poser des problèmes à certains étudiants (erasmus, candidats à certains concours, etc.) : nous vous invitons à contacter vos enseignants afin qu’une collaboration soit mise en place en vue de résoudre votre situation et que cette action de rétention de notes (si elle a lieu à partir de fin janvier) ne vous porte aucun préjudice.

Ainsi si cette action n’est pas effectuée « contre les étudiants », elle peut bénéficier de leur soutien, puisque les conditions de travail et d’emplois précaires des vacataires enseignants impactent directement la qualité de leurs conditions d’études.

Cette action n’est pas non plus effectuée « contre les titulaires enseignants »: ils connaissent (plus ou moins précisément) la précarité et les problèmes que nous rencontrons. Ils savent que sans nous, ils ne pourraient assurer l’ensemble des cours et des « tâches annexes » d’enseignement (surveillance de partiels, corrections de copie, réunions pédagogiques, etc.). Ainsi, la précarité de nos situations limite nos investissements au sein des équipes pédagogiques (certains d’entre nous ont des boulots alimentaires en plus de leur charge d’enseignement, et de leur doctorat (bien souvent)). Notre situation les impacte donc également.

Cette action n’est pas non plus effectuée « contre les personnels administratifs »: certains connaissent très bien la précarité de notre situation, et tente de nous arranger au mieux (merci !). Au vu de la réduction des personnels administratifs, nous dénonçons cette gestion a minima (imposée par le haut), qui vise à permettre à l’université de fonctionner, mais qui ne permet pas de s’attaquer aux problèmes de fond qui minent sont fonctionnement. Nous nous engageons donc que la fin de cette action soit réalisée de manière concertée avec les personnels administratifs concernés, afin notamment que les secrétariats bénéficient du temps nécessaire à l’entrée des notes dans les fichiers administratifs, pour qu’elles n’aient pas à supporter le poids de cette action.

Cette action est donc un appel à solidarité et à communication autour de situations intolérables qui nous affectent tous… n’hésitez pas à nous contacter (commentaire ou email) si vous le souhaitez !