Un CDD pour assurer des vacations d’enseignement en tant que doctorants, c’est possible à Bordeaux !

La situation peut changer comme le montre la mobilisation de l’année dernière et les négociations qui ont suivi à l’Université de Bordeaux: http://doctorantsshs.blogspot.fr/2014/06/adoption-du-cdd-lru-pour-le.html

A Lyon 2, nous continuons notre mobilisation pour des revendications perçues comme légitimes par une grande partie de la communauté universitaire (nous avons reçu un grand nombre de témoignages et de soutiens extérieurs et internes).
Des mobilisations similaires ou proches ont déjà eu lieu les années précédentes, et ont également lieu actuellement dans d’autres parties de la France.

Un consensus semble se dessiner autour de la lutte contre la précarité dans l’université et la recherche en France dans une perspective unitaire (étudiants, vacataires, BIATOSS, agents administratifs, titulaires de l’enseignement supérieur et de la recherche, etc.).
Les vacations, notamment les vacations d’enseignement, font partie des statuts les plus précaires de l’enseignement supérieur.

Pour l’heure, ma quasi-totalité des membres du collectif n’a toujours pas de contrat de travail, alors que les cours du premier semestre touchent bientôt à leur fin.
Cette situation ne peut se justifier par un simple contexte d’austérité et un problème du fonctionnement des services administratifs de l’Université, elle est le fait d’un choix politique et d’une mauvaise gestion de la question des vacataires au sein de l’Université Lyon 2 (puisque la situation n’est pas nouvelle, elle a été dénoncée à plusieurs reprises il y a plusieurs années, ce qui n’a pas donné lieu à un changement de politique de gestion de la question).

Publicités

Les épopées cyniques

J’étais malade depuis plusieurs jours et ce matin là j’avais une bonne fièvre. Je devais aller donner deux cours d’affilée, soit quatre heures d’enseignement. L’idée m’était venue de demander un arrêt maladie au secrétariat de mon département. Cette pensée saugrenue devait sûrement être due à la fièvre. Je ne pouvais pas demander d’arrêt maladie puisque je n’avais pas de contrat de travail ! Et même si j’en avais eu, le statut de vacataire ne me l’aurait pas permis. Fort de ce retour à la réalité, je restai dans mon lit, demandant à un ami de prévenir mes étudiants de mon absence. Le lendemain j’étais toujours malade mais je me sentais un peu mieux. La fièvre avait baissé. Je me résolu donc à aller donner cours, quatre heures également, empreint du sentiment inexpugnable d’accomplir mon devoir. Mais la verve enflammée de mes doctes enseignements habituels ne fut pas au rendez-vous ce jour là. Non. La mollesse de mes propos, la confusion de mes pensées et la langueur placide de mes étudiants me convinrent que je dusse renoncer à cet effort herculéen. Chacun des cours ne dura que le tiers de son temps, le strict minimum légal, et je préférai m’entretenir auprès de ces petits être innocents de mes conditions de travail dura le reste des séances.

Je mets au maximum une heure pour préparer une séance de TD (1h45). Ça pourrait être plus mais, en mettant à profit l’expérience acquise durant mes années de doctorat, je peux m’épargner assez facilement du temps de travail. Pour les camarades qui font des séances de CM c’est plus long (heureusement, je n’en fais pas), d’autant plus que leurs enseignements ne portent que rarement directement sur leur sujet de thèse. C’est vrai que cette situation se présente aussi pour les TD, mais comme il n’y a pas de contrôle du contenu pédagogique, certains (vacataires autant que titulaires) sont tentés de meubler le temps du cours par des monologues, parfois divertissants, mais malheureusement souvent abscons.

Par contre les corrections des travaux d’étudiants sont très longues et des fois je me demande si je ne les bâclerais pas, puisque je ne suis pas payé pour les faire. D’ailleurs, une fois, un ami à moi qui joue à des jeux de rôle m’a montré un dé à vingt faces. Et je me suis dit que ce serait un outil fort pratique pour noter mes étudiants, un sacré gain de temps.

Les murs ont non seulement des oreilles, mais aussi des bouches. Et celles-ci m’ont apprises de fort intéressantes chose quant au fonctionnement de notre université. La présidence de l’université, n’ayant pas encore fixé le budget attribué à notre composante à la rentrée, les professeurs responsables du département se sont vus contraints de nous  »embaucher » sans savoir s’ils obtiendraient le montant nécessaire pour nous payer. Fort heureusement, les murs m’ont dit qu’ils l’avaient obtenu, j’en fus grandement soulagé.

Ces bavards immobiles m’ont aussi appris que notre discipline non rentable devait réduire le nombre de ses TD afin d’éviter des dépenses inutiles. Néanmoins ils n’ont pas eu l’obligeance de m’expliquer les conséquences de ce dégraissage pédagogique : plus d’étudiants par TD ? moins d’étudiants dans la discipline ? obligation de sélection à l’entrée ? Je ne sais. Peut-être un mélange des trois.

Enfin, dans un excès de verbiage insensé et calomnieux – les murs, à l’université, ont un comportement assez particulier, sûrement dû à leur taux élevé d’amiante – sont allés jusqu’à insinuer que le président de notre université avait obtenu son poste grâce à       -censuré-       .Enfin, je ne prête que peu de foi à ce genre d’accusations gratuites, surtout lorsque les personnes visées sont si haut placées. Voyons, pourquoi chercher si loin la cause expliquant la conformité des décisions de la présidence de l’université à l’agenda néolibéral de démantèlement des services publics, alors que les lois qui en prévoient l’application sont déjà votées depuis longtemps? Non, ne sombrons pas dans ce genre d’élucubrations. Les choix de la présidence de réduire les budgets des disciplines non rentables ne sont que la manifestation d’un profond sens du légalisme, inhérent aux responsabilités qui lui incombent.

Compte-rendu de la rencontre avec le DRH début novembre

Mercredi 5 novembre 2014 à 10h nous nous étions donner rendez-vous sous les fenêtres de la présidence. Il y avait une trentaine de personnes dont une vingtaine de vacataires du centre d’inscription.
Nous avons rencontré le DRH puisque monsieur Mayaud ne pouvait pas nous recevoir. Seulement une dizaine de personnes ont pu pénétrer dans le bâtiment présidentiel. La rencontre a eu lieu dans le hall d’entrée.
Le DRH nous a raconté avoir fait quelques efforts:
– les directeurs de composantes auraient reçu une circulaire qui précise que les enseignants-vacataires ont juste besoin de la validation SIGED et d’une lettre de leur directeur de thèse pour avoir le droit à un contrat de travail. Le paiement des frais d’inscription n’est donc pas obligatoire. A voir avec les directeurs de composantes.
– les heures de surveillance de partiels pour lesquels on est convoquées (attention pas le CM du TD que l’on donne, mais tout autre partiel) pourront être payées… en heure normale (8 euros de l’heure). Il faudra se renseigner pour savoir comment on met en place le paiement et si cela demande un autre contrat de travail.
– il nous a dit avoir mis à l’étude l’exonération des frais d’inscription pour les doctorants. La réponse sera donnée lors du vote du budget prévisionnel 2015 au prochain CA.
– il a demandé à ce que l’édition de la fiche de paie soit accélérée, mais il ne faut pas espérer recevoir sa fiche de paie du mois à la fin du mois ce qui posera donc toujours des problèmes face à Pôle emploi.
Ca bloque toujours:
– pas question de parler de contractualisation des vacataires, cela serait impossible.
– toujours pas de mensualisation, impossible selon lui, alors que le Président avait raconté à la délégation des Arts du spectacle que pour cela il faudrait trois emplois à temps plein en plus au service des paies (ce qui était impossible aussi en raison du déficit de 900 000 euros).
La direction se dédouane sur : la menace de la mise sous tutelle, la faute au gouvernement qui ne donne plus d’argent, la réglementation de l’ESR. Tout ça rendrait impossible nos revendications.
Le bilan de cette rencontre et la position que le collectif adoptera par rapport à ce bilan pour continuer à maintenir la pression et élargir aux services administratifs seront abordés au cours d’une prochaine réunion.

Appel à coordination nationale des précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche les 6 et 7 décembre à Paris

Dans l’ensemble des structures de l’enseignement supérieur et de la recherche (universités, écoles,laboratoires, etc), la précarisation des étudiant·e·s, doctorant·e·s et personnel·le·s administratifs et de recherche ne cesse de croître.

Dans un contexte de réduction drastique des financements des services publics, et de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) en particulier (amputation de 20% pour les dotations de 2014), on assiste à une destruction planifiée des services publics et donc de nos conditions d’études et de travail, à un accroissement du nombre de non-renouvellement des postes de titulaires, et à une banalisation du recours aux contrats courts non-renouvelés pour des postes pourtant essentiels aux missions d’enseignement et de recherche, transformant ainsi progressivement la précarité en norme d’emploi dans l’ESR.

Tout cela débouche sur une dégradation des services publics dans lesquels nous travaillons, au détriment des salarié·e·s techniques, administratifs et de recherche, dont les conditions de travail se détériorent à grand pas, mais aussi des étudiant·e·s et jeunes chercheurs/euses, qui font face à des structures de moins en moins capables de répondre à leurs besoins, ainsi qu’à un manque criant de perspectives d’emploi dans l’ESR.

Nos conditions d’étude et de travail se précarisent, avec tous les effets délétères qui l’accompagnent :accroissement des inégalités sociales et économiques entre étudiant·e·s, financement des études et de la recherche en recourant à des petits boulots précaires ou allocation chômage, injonctions au travail gratuit et »volontaire », augmentation de la charge de travail, renforcement du pouvoir des hiérarchies, absence de perspectives professionnelles, banalisation du stress dans nos vies, sentiment de perte de sens de notre travail,etc.

Cette situation est dramatique et ne peut continuer. Or elle ne peut être résolue durablement au seul niveau local, parce que ses racines sont plus profondes (baisse généralisée des budgets des services publics,politiques nationales de transformation progressive des universités en entreprises privées), mais aussi parce qu’à l’échelle locale nos forces sont plus limitées.

Notre dispersion actuelle est une entrave à nos réussites. Elle nous empêche de construire un véritable rapport de force face au gouvernement et de visibiliser nos luttes et nos revendications. Cela débouche parfois sur de la frustration, l’impression de ne pas avoir de prise sur nos conditions de travail. Il est grand temps d’y remédier ! Face à la précarité, la solidarité est notre seule arme !

Pour retrouver notre dignité et garantir un service public de l’ESR, nous appelons donc l’ensemble des regroupements de précaires (collectifs, associations, syndicats locaux, etc) existant dans les diverses structures d’enseignement supérieur et de recherche de France à participer à une réunion nationale le week-end des 6 et 7 décembre sur Paris, afin de:

– discuter des modalités d’échanges et de mise en commun de nos situations et revendications locales face à la précarité dans l’ESR, 

– envisager les possibilités de coordination de nos activités à une échelle nationale, tout en respectant évidemment la diversité de nos situations locales.Le lieu exact de la réunion sera annoncé prochainement.

N’oubliez-pas de prévenir de votre présence en écrivant à l’adresse suivante : victorine.triolet@gmail.com

NB : les collectifs parisiens prendront en charge le logement des membres des collectifs de province assistant à la réunion. Nous appelons par ailleurs les collectifs parisiens à organiser des collectes d’argent afin de partager les coûts de transport avec ceux de province.

Signataires de l’appel : Collectif contre la Précarité de l’EHESS et dans l’ESR, Collectif des vacataires et précaires de l’Université Lyon 2, SUD-Education Paris 1.