Mon année épique du fait d’un manque de moyens à l’université

J’ai été vacataire chargée d’enseignement à Lyon 2 entre 2012 et 2014. Il s’agissait de mon seul emploi parallèlement à mes études et cela constituait mon seul revenu annuel, auquel se cumulait des babysittings non réguliers. Auparavant, j’étais boursière, mais du fait de mon inscription tardive à l’université, le CROUS a refusé ma demande car « hors délais ». Mes revenus ne me permettant pas d’être indépendantes, je vis toujours chez mes parents.

Je vous présente ici comment s’est déroulée la première année de vacation d’enseignement, la plus épique de mon expérience.

En 2012-2013, j’ai été recrutée une semaine avant la rentrée pour assurer 4 TD par semaine au premier semestre. Recrutée au pied levé du fait d’un manque de vacataires (et de titulaires surtout), je n’ai pu assister aux réunions de rentrée qui s’étaient déjà tenues. Cette rentrée est chargée, je dois préparer rapidement mes séances de cours et je n’ai jamais enseigné auparavant. Pour y arriver, durant le premier mois, je travaille en moyenne 10h par séance pour préparer chaque cours (1h45). J’ai de la chance : je n’ai à assurer que deux cours différents et l’activité d’enseignement me plait. Finalement, à cause de cette charge de travail importante à laquelle s’ajoutent les réponses des mails que mes étudiants m’adressent, je m’organise avec d’autres chargés de TD pour qu’on se répartisse la préparation des séances. C’est pratique, mais dans l’idéal, je préférerais préparer mes propres cours pour mieux les maîtriser et m’adapter plus facilement aux attentes des étudiants.

En septembre, octobre et novembre, c’est la galère à chacune de mes heures de cours : je n’ai ni clés ni badge pour ouvrir mes salles de cours. Je dois donc systématiquement faire appel au secrétariat pour que l’un.e des secrétaires viennent m’ouvrir la salle. Quand mon cours commence à 18h, le secrétariat est fermé et je fais appel à mes collègues des salles voisines, en espérant qu’ils ne soient pas dans le même cas que moi. Courant novembre, miracle, l’un des titulaires a une clé en plus et me la donne ! Je la ferrai passer à mes collègues lors de semestres ultérieurs où je ne donne pas cours. Par contre, je n’aurai jamais la clé de la salle des chargés de TD et de quelques titulaires. Il me faudra entrer quand il y a déjà du monde, squatter des salles de cours vides pour travailler ou au pire aller à la bibliothèque déjà bondée. Pour ce qui est d’Internet, le wifi est capricieux car inadapté. Il fonctionne épisodiquement quand je me connecte dans le bâtiment de mon département ou à la bibliothèque depuis mon ordinateur personnel.

En cours de semestre, je me rends compte que mes étudiants n’ont pas accès aux textes étudiés en séances de TD du fait de dysfonctionnements sur la plateforme de cours (à laquelle je n’ai jamais eu accès- identifiants jamais communiqués). Toutes les semaines, j’ai une vingtaine d’emails me demandant d’envoyer les textes obligatoires. Au bout de trois semaines, comme le problème n’a toujours pas été résolu par l’administration malgré les multiples signalements du problème, je décide de le résoudre au plus vite avec mes propres moyens. Je crée donc un groupe en ligne et invite mes 160 étudiants à le rejoindre en entrant une part une leur adresse email. J’y passe deux soirées, mais au moins je permets à mes étudiants d’avoir des conditions d’études normales dans le cadre de ce cours. Souvent, ils se plaignent de ne pas trouver de place à la bibliothèque universitaire pour y travailler. Ils se plaignent aussi de ne pas trouver l’un des ouvrages de la bibliographie du cours, car les deux exemplaires disponibles sont empruntés depuis déjà 10 jours et sont tous réservés pour les semaines à venir.

Au retour des vacances de la Toussaint, soit au milieu du semestre de cours : surprise ! La DRH me contacte pour me signifier que mon statut de vacataire n’est pas valide car je ne suis plus étudiante dans mon précédent master 2 (dont j’avais fourni le certificat de scolarité et dont je ne recevrai les résultats que courant décembre), et qu’il est donc impossible pour l’université de me payer les heures de cours données et à venir. C’est donc la panique, la seule solution qui émerge grâce aux soutiens des enseignants de mon département est de m’inscrire dans un nouveau master 2 (en payant les droits d’inscription le plus rapidement possible), afin de me permettre de pouvoir tout simplement toucher la rémunération des heures de cours assurées. N’ayant aucune ressource personnelle, ce sont mes parents qui me payeront mon inscription à l’université. Mon contrat de travail est enfin validé début décembre par l’université, et mes heures me sont payées en février.

Un plan c’est profilé : un titulaire me propose de partager des heures de cours avec lui au second semestre, et a besoin que je le dépanne dans le cadre d’un TD où des intervenants extérieurs viennent présenter leurs métiers. C’est un secteur dans lequel j’ai de l’expérience et qui m’intéresse, je suis disponible et motivée pour effectuer ces heures de cours, mais voilà un autre problème se pose : celui de la limite des 96h par an (pour les enseignants vacataires).

A la fin du 1er semestre, j’avais effectué 84h. Le titulaire me propose de donner 10h de cours, et de le remplacer durant 4 séances (d’1h45) pour accueillir les intervenants. Je dépasse la limite légale et l’université refuse que les vacataires enseignants dépassent cette limite car elle ne souhaite pas –pour des raisons budgétaires- payer de cotisations. La solution que propose le titulaire est de déclarer pour son compte mes heures de travail en tant qu’heures supplémentaires travaillées. Du fait de nombreux problèmes de contrat de travail, cette déclaration est une pratique régulièrement utilisée, pour remédier officieusement aux problèmes administratifs et de politique d’emploi de l’université. Ma rémunération me sera versée plusieurs mois après la fin de mon travail.

Titulaires, contractuels et vacataires, dans l’enseignement comme dans les services administratifs, nous faisons tous les frais d’un manque de moyens et d’aberrations normatives au quotidien qui entravent notre travail quotidien.

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